29 janvier 2007

Bonjour, la Police

J’ai entendu la chanson du policier. Celle-là même qui fait tellement de vagues que le policier en question doit comparaître ce matin devant le comité interne des enquêtes de son service de police. (Pour ceux qui ne sont pas Québécois ou n'en auraient pas entendu parler, voir cet article du Cyberpresse: http://www.cyberpresse.ca/article/20070129/CPACTUALITES/70129050/5032/CPACTUALITES)

Franchement, je trouve tout ce cirque exagéré. Bon, d’accord, on ne baigne pas dans la subtilité, mais je n’y ai pas entendu de propos haineux ou incitant à une quelconque violence. Pas d’insultes, pas de gros mots… juste des gros sabots.

C’est un policier, pas un juge. Pourquoi n’aurait-il pas le droit à ses opinions? Et pourquoi n’aurait-il pas le droit de les dire tout haut? Ce n’est pas la première fois, paraît-il, qu’il s’amuse à écrire des chansons humoristiques. Il en a même déjà composé une, raillant… la police. On appelle ça savoir rire de soi-même. Les moqueries sont la forme la plus innocente qu’ont trouvé les êtres humains pour évacuer le trop-plein et les petites bibittes qui les chicotent.

Ce qui me dérange le plus ici, personnellement, c’est que, encore une fois, ça semble interdit de faire la moindre allusion ironique au sujet des immigrants et, particulièrement, des Musulmans (parce que, à ce que je sache, c’est encore une fois un imam qui s’offusque et veut la démission du policier). Si une telle ironie menait à des propos haineux et dénotait de l’agressivité, je suis d’accord qu’il y aurait de quoi s’offenser, mais ce que j’ai entendu dans cette chanson relève plutôt de l’ignorance et, surtout, met le doigt sur le bobo.

Parce qu’il y a un bobo. Il y a des citoyens qui ne comprennent pas et qui se sentent bousculés. Il y a des citoyens québécois qui ont le sentiment d’être mis de côté, qui ont la nette impression qu’on rejette leur propre culture alors qu’ils sont chez-eux. Je ne sais pas si ce sentiment est justifié. Je dis qu’il est là. Et il faut laisser les gens s’exprimer là-dessus, mettre un nom sur leurs peurs, découvrir ce qui les trouble. C’est insécurisant mais la compréhension mutuelle passe par là. Nous trouverons les compromis nécessaires mais on n’a pas le droit de demander aux gens de se taire, de faire semblant que tout est beau, que tout ça est «raisonnable» et ne les dérange nullement. Ça dérange et c'est émotif. Faisons avec et allons voir de plus près de quoi il s’agit et ce qu’on peut faire.

D’ailleurs, je termine ce commentaire par une des questions qu’il faudrait se poser tout haut, il me semble : que signifie être une terre d’accueil? Quand on dit aux immigrants : retourne chez-toi (et ici, je réfère directement aux mots de cette chanson), on leur dit aussi : vous n’êtes pas chez-vous. Or, il faudrait décider si on veut les accueillir en touristes seulement, dans notre maison, avec les règles de la maison… ou si on les laisse bâtir maison à côté, faisant d’eux des gens libres, différents, mais du même village que nous.

Et c'est peut-être ce qu'on devrait faire: analyser publiquement les mots de cette chanson et les idées qui y sont véhiculées. Afin qu'on se rende tous bien compte, l'auteur compris, de tout ce que ça dissimule. Plutôt que de le faire taire...

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