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Jutra 2014 : jurée imaginaire pour la fête du cinéma québécois

Dans une semaine aura lieu la Soirée des Jutra qui célèbre le cinéma québécois. Ce n’est pas un secret que je suis friande d’art et que j’ai un penchant chauviniste et assumé pour tous les créateurs québécois… Malgré quelques bémols, je trouve mon compte dans bon nombre de films québécois et j’ai toujours plaisir à découvrir ou redécouvrir des acteurs talentueux ou la vision particulière d’un auteur de chez nous.

Pour une fois, j’ai vu tous les films en nomination dans les catégories vedettes, alors j’ai envie de m’amuser un peu et de partager, non pas mes prédictions, mais ma propre sélection. Et ceux que j’ai aimés ne sont pas toujours ceux dont on a le plus parlé. Ce petit palmarès personnel est aussi une façon de mettre en lumière quelques coups de coeur et, qui sait, de vous donner peut-être envie d’en découvrir à votre tour.

Amusons-nous donc à « Si j’étais jurée ».

Mon choix du meilleur film et de la meilleure réalisation va, sans hésitation, à Sébastien Pilote et à son film Le démantèlement, qui est pour moi une coche au-dessus des autres. Ça tient pour beaucoup au jeu de Gabriel Arcand, bien sûr, mais aussi à la maîtrise du réalisateur dans sa construction du récit, à l’économie de dialogues qui font toujours sens, à ces plans d’ensemble de paysages à couper le souffle, à ces gros plans qui vont chercher les nuances et l’intériorité du jeu, et au sujet lui-même, traité avec sensibilité et intelligence. Ça nous raconte à la fois le déclin de notre agriculture et son manque de relève, et à la fois le drame personnel d’un père de plus en plus isolé par ce mode de vie et qui doit faire un choix déchirant.

Deux mentions spéciales dans cette catégorie. L’une va à Catimini, film imparfait mais très touchant et bien joué par de très jeunes comédiennes. On partage un moment de la vie de quatre fillettes et adolescentes d’âges différents, qui ont en commun d’avoir connu la vie en famille d’accueil. La réalisatrice Nathalie Saint-Pierre traite avec sensibilité d’un sujet peu vu au cinéma en mettant le focus sur les problèmes d’attachement causés par ce système. Mon seul bémol porte sur la finale que j’ai trouvé un peu bancale, mais j’ai beaucoup aimé l’ensemble du film.

Ma deuxième mention va à Diego Star (et au réalisateur Frédérick Pelletier). Cette histoire de matelot étranger, paralysé à Lévis, et dont la vie s’enlise de plus en plus dans les glaces du Saint-Laurent, m’a intéressée et tenue en haleine tout le long… jusqu’à sa finale frustrante.

Je donnerais le trophée du meilleur scénario à Martin Laroche pour Les manèges humains. Sujet très sensible (l’excision) traité avec justesse et une grande délicatesse. Ça surprend d’autant plus que c’est écrit par un homme. Il n’y a pas sujet plus « féminin » que ça et il arrive à bien nous faire comprendre le drame de son personnage principal et les complexités de ce qu’elle peut ressentir en tant que femme. Le réalisateur a consulté un médecin spécialiste de la question qui lui a décrit à la fois les dommages physiques mais aussi psychologiques qui peuvent survenir. Le réalisme est renforcé par des dialogues qui ont la spontanéité de l’improvisation même si les répliques font toutes déjà partie du script. Chapeau!

Meilleure actrice dans un premier rôle… Ouf, pas facile de trancher dans cette catégorie. Souvent, on a du mal à trouver des rôles féminins d’avant-plan intéressants, mais cette année, les rôles forts abondent et sont tous joués avec grand talent. Pierrette Robitaille est dans un contre-emploi rare dans Vic + Flo ont vu un ours (et c’est possible que le jury final penche pour elle), mais j’ai un gros faible pour Lise Castonguay dans son rôle d’une libraire qui se bat avec la schizophrénie dans Triptyque. Mon vote irait pour elle.

Dans la catégorie du meilleur acteur dans un premier rôle, mon vote va à Gabriel Arcand malgré la compétition relevée. Encore une fois, il donne une performance d’acteur sensible et nuancée dans un film fort réussi.

Pour la meilleure actrice de soutien, Marie Brassard l’emporte à mes yeux pour son rôle de composition dans Vic + Flo ont vu un ours. Cette actrice reçoit souvent en cadeau des rôles typés qu’elle réussit à rendre sans tomber dans la caricature et c’est un petit bonheur de la voir aller, dans le rire comme dans la détestation. Mention spéciale tout de même à Frédérique Paré, découverte dans Catimini.

Comme meilleur acteur de soutien, je décerne une mention spéciale à Normand Daoust, acteur chevronné découvert dans Les manèges humains, mais je donnerais la statuette à Gilles Renaud pour son personnage attachant et juste assez coloré de Louis, l’ami fidèle, dans Le démantèlement.

Bon gala!