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Musique au musée

L’un après l’autre, les musiciens se mettent en place. L’un après l’autre, les écrans s’allument.

Chacun dans son coin à lui, dans cette magnifique maison du 18e siècle. L’une dans son boudoir face à la fenêtre et au paysage de campagne (Kristín Anna Valtýsdóttir). L’autre dans sa bibliothèque. Un pianiste pivot (Kjaartan Sevinsson, ancien musicien de Sigur Ros) au milieu du grand salon, et l’artiste Ragnar dans son bain.

Ils sont huit musiciens en tout. Huit musiciens et un groupe de techniciens et amis sur un 9e écran qui attendent à l’extérieur au son des criquets.

Vous vous promenez d’un écran à l’autre pour assister à tout ce qui s’amorce et s’enchaîne, mais bien vite vous avez envie de vous installer dans un coin de la salle et de vous laisser porter par le spectacle. Car c’en est un. Pendant plus d’une heure, ils jouent ensemble une même pièce avec une mélodie-leitmotiv entrecoupée de phases doucement improvisées (même si tout est visiblement bien structuré). Pendant plus d’une heure, ils joignent leurs voix (voix humaine, violoncelle (Gyða Valtýsdóttir), piano, guitares, basse, batterie, accordéon, harmonica, banjo) sans jamais se perdre, toujours en harmonie, même si chacun vient y apporter ses propres variations.

Et vous vous laissez envahir par la douce mélodie quasi hypnotique. I fall into… Vous assistez à ce moment privilégié où chaque artiste est à la fois connecté à lui-même, son émotion, son instinct, et entièrement connecté aux autres et à la musique.

L’environnement, ce manoir lumineux au charme désuet, ajoute à l’impression d’être plongé un peu hors du temps.

Et bientôt tous se rassemblent et poursuivent joyeusement leur route pour se perdre dans l’horizon et l’infini de la musique.

Et derrière eux, les techniciens éteignent, un à un, les écrans.

The Visitors, Ragnar Kjartansson
MACM
Encore jusqu’au 22 mai

 

Musique Québon et radio poubelle

Semaine de l’ADISQ oblige — et aussi parce que je n’ai pas eu le temps de courir les spectacles ou autres événements — j’en profiterai seulement pour glisser un mot sur mes derniers coups de coeur Québon.

Un micro, ça se mérite

Juste avant, j’aimerais glisser un mot éditorial (tout petit) à propos du rapport sur les radios de Québec qui a été tant décrié cette semaine. Je n’ai pas lu le rapport. Je ne peux donc pas l’analyser. Je suis tout de même étonnée d’entendre même les Boisvert, Facal et compagnie, contre-argumenter en parlant de liberté de presse et de diversité des opinions.

Je pense que personne ne veut « museler » la droite (ou qui que ce soit). Il ne s’agit pas d’empêcher les gens de s’exprimer, mais bien de se poser des questions sur ce qui devrait être admis ou pas en ondes. Quelqu’un qui a une opinion autre que la mienne, mais qui a des arguments valables à présenter m’intéresse. Mais si ton seul argument est de cracher sur les gens et de les traiter à tort et à travers de tous les noms avec mépris, ça ne fait pas avancer le débat. Ce n’est pas d’une discussion entre voisins ou entre amis dont on parle, mais bien d’animateurs et de chroniqueurs qui ont un micro, qui sont entendus par un paquet de gens et qui ont donc une responsabilité supplémentaire : avant de prendre la parole, ils ont le devoir d’être informés et d’apporter des arguments qui se tiennent.

Il me semble que ce rapport a parlé de se pencher sur un code de déontologie et ça ne me semble pas une mauvaise idée. Les journalistes en ont un. Les animateurs radio, télé et web, devraient en avoir un aussi. Ce serait la moindre des choses.

Les vraies affaires

Parlons des vraies affaires : la musique! Je ne suis plus capable de tout suivre en musique, il y a beaucoup trop de nouveaux (et bons!) groupes et musiciens qui émergent chaque année. J’essaie au moins de me tenir au courant de ce qui se passe au Québec, même si ici aussi, ça foisonne depuis plusieurs années déjà, et ce, dans des genres très diversifiés (tant mieux!).

Mon coup de coeur de l’année demeure Jean Leloup, mais il n’a plus besoin de présentation. Un de mes chouchous dans les petits nouveaux est Philippe Brach. Je l’ai vu en spectacle et je l’ai trouvé baveux et créatif!


Je suis aussi assez accro à Galaxie. Pour faire le ménage, pour aller à la gym ou tout simplement pour se défouler dans son salon, ils sont parfaits!


D’Ariane Moffatt, je n’aime pas tout, mais j’ai souvent des coups de coeur et, sur son dernier album, c’est la chanson « Les tireurs fous » qui a remporté la mise. Elle est dans l’air du temps et elle fait un bien fou. À écouter et à chanter.


J’ai aussi découvert cet été en spectacle Bears of Legend. S’ils pouvaient chanter un peu plus en français, ils gagneraient en authenticité, il me semble, et éviteraient de se perdre dans la mer anglophone.


Mon tout dernier coup de coeur du Québec : le dernier disque de Nicolas Pellerin et les Grands Hurleurs, 3/4 fort. Du folklore dynamique mais moderne. Parfait pour se préparer à l’ambiance des Fêtes… sans trop penser à Noël encore.

Un peu de lecture

Tant qu’à faire dans le Québon, je vous suggère de lire le roman-bd de Guy Delisle, Chroniques de Jérusalem. Il n’est pas récent, mais je viens tout juste de me plonger dedans. Les yeux d’un Québécois sur Jérusalem au quotidien. Intéressant, sympathique, sans jugement.

La Voix, messe dominicale

Eh bien non, je ne m’intéresse pas seulement à l’art numérique et à des films que personne n’a vus. J’aime aussi des affaires ultra populaires. Comme La Voix. Ce sera la grande finale dimanche soir prochain et, comme la moitié de la population majeure et vaccinée du Québec, je serai fidèle au poste. Même si mes préférés sont partis.

La Voix TVA 2014

Site web de La Voix TVA. Les 4 finalistes de La Voix 2014.

Si j’ai eu la curiosité d’y jeter un oeil l’an dernier à cause de la présence de Jean-Pierre Ferland et d’Ariane Moffat, l’amoureuse de musique que je suis y a trouvé son compte grâce à la diversité des genres et des talents et l’accent mis sur la musique avant tout. Et pas trop de formatage. Chacun y a son style et le conserve. On n’essaie pas de faire trop « mainstream ». Et encore une fois, je suis estomaquée de voir et d’entendre à quel point le Québec est bourré de talents. Pour un si petit bassin de population, on a tellement rien à envier à nos voisins.

Le bémol de ce genre d’événements, pour moi, c’est la compétition. La musique, comme n’importe quel autre art, ne se prête pas trop à ce « jeu ». Ce n’est pas du sport, où on peut constater objectivement qui a couru le plus vite. À un certain niveau, ça devient une question de goût et même de chance. Mais pour avoir moi-même participé à des concours, que j’ai parfois perdus et parfois gagnés, je peux dire que la « médaille » à la fin ne compte pas tant que ça. Ça permet avant tout de se confronter à soi-même, ça oblige à se dépasser et c’est aussi une occasion exceptionnelle de faire des rencontres musicales et humaines enrichissantes (et qui perdurent). Personnellement, je n’ai que de bons souvenirs de ces moments. Et, bien sûr, comme j’ai connu ça de l’intérieur, j’ai d’autant plus d’empathie envers les participants. J’ai un énorme respect et une admiration pour TOUS ceux qui osent se présenter sur scène dans un tel contexte.

Les fleurs
La brochette de coachs de cette année est idéale : allumée et qui touche tous les coins d’un large spectre musical. Marc Dupré, Isabelle Boulay, Éric Lapointe et Louis-Jean Cormier se complètent bien et ils ont tous une qualité essentielle pour nous rallier: une grande dose de générosité. La compétition est amicale et ils sont là avant tout pour l’amour de la musique, ça paraît.

Le pot
Je ne sais pas qui s’occupe de leur site web, mais ils inscrivent sur le site les titres des chansons chantées… et le nom de l’interprète original. Aucune trace des auteurs et compositeurs de ces chansons. Je trouve ça vraiment insultant. Pour une émission qui fait la promotion du talent artistique et qui a, quand même un peu, une mission de faire honneur à la musique, ça fait dur. C’est un grand manque de respect pour ces créateurs. Sans auteurs et sans compositeurs : pas de chansons. Ce serait la moindre des choses que de rendre à César ce qui appartient à César.

Faites un voeu
Le mien serait de voir davantage le travail de coulisses. Les répétitions, la création d’une chanson, toutes les étapes par lesquelles il faut passer pour atteindre le summum de la performance au jour J, j’aimerais qu’on en voie plus et je crois que le spectateur en serait gagnant. Un artiste, ce n’est pas un pelleteux de nuages, ça travaille fort. Et si on aime le moindrement la musique, on va aussi aussi être heureux de voir le chemin qui mène au résultat final. On apprendrait plus à assister à ça qu’à entendre des entrevues insignifiantes qui font parfois office de remplissage.

Mon top 3
J’ai fait de belles découvertes cette saison et je ne vais pas tous les nommer car il y en a trop (Véronique Gilbert, Sabrina Paton, Rita Tabbakh, mais il y en a bien d’autres). Si vous n’avez pas suivi l’émission, voici une chance de vous rattraper un peu… Je ne pense pas me tromper en disant qu’on réentendra parler très bientôt de plusieurs d’entre eux mais particulièrement de ces trois artistes.

Marie-Ève Fournier. Cette fille est hallucinante. Elle nous « pitche » son âme dans la face à chaque fois qu’elle chante. Et elle le fait avec nuances, un grand sens musical, une utilisation juste de sa voix qui peut tout faire. On l’a entendu dans des genres assez différents à La Voix et à chaque fois, c’était réussi. J’ai très hâte de la réentendre et j’espère qu’elle trouvera des tounes à sa hauteur.

Élie Dupuis. Un grand interprète, d’une belle sensibilité, qui sait rendre un texte avec émotion ET intelligence.

Shiraz Adham. Partie trop tôt du concours, mais ce n’est qu’une question de temps avant qu’on la revoie sur le devant de la scène. Tout juste 15 ans et elle se démarque déjà par une voix bien à elle et une intériorité plus que touchante.

Grande finale

Parmi les quatre finalistes de dimanche, j’ai un gros faible pour l’apparence zen et la voix unique de Yoan Garneau. Le country n’est pourtant pas ma tasse de thé, mais j’avoue que je suis prête à en écouter un peu plus si c’est sa voix qui le porte. Je l’appelle aussi M. Surprise parce que son look de jeune blondinet ne nous préparait pas à cette voix vibrante.

On ne peut jamais présumer de ce qui va arriver dans une finale, mais on peut quand même parier sans trop de risques que ça se passera entre Yoan Garneau et Renée Wilkin pour l’ultime récompense, car ils ont tous les deux obtenu une cote d’amour pas mal élevée du grand public pendant leurs précédentes performances.

Quoiqu’il advienne, pour chacun d’entre eux, la prochaine étape cruciale sera de bien s’entourer et d’aller chercher un répertoire de qualité qui leur ressemble. Pas une mince affaire, mais il y a tant de bons créateurs au Québec… les cartes sont sur la table.

Venise sous la neige

Les gondoles glissaient sur l’eau par centaines, et pas seulement pour les touristes. On y chantait des romances jusque tard dans la nuit. Danse et musique étaient parties prenantes de la vie des Vénitiens, dans toutes les couches de la société, au quotidien comme en période de carnaval. Les peintres étaient tous musiciens, et inversement. Même aux orphelines, on apprenait à jouer du luth et du violon. C’était Venise, à son apogée, avant qu’elle soit menacée d’inondation.

Venise en photos

Photos de Venise

J’ai bravé la tempête la semaine dernière pour troquer les flocons contre l’art vénitien du Musée des beaux-arts de Montréal. Les yeux sur les oeuvres du XVIe au XVIIIe siècle, et les oreilles emplies de luth et de viole de gambe, je m’imaginais au bord de la lagune, dans une cour en train de danser le menuet pendant le carnaval, ou admirant le Bucentaure pendant le rituel du mariage avec la mer. Car cette exposition se veut davantage un voyage géographique et historique, à travers l’art, que la description d’un courant stylistique.

Tableaux, partitions, musiques et instruments anciens évoquent l’âme et l’ambiance de cette partie du monde. Le parcours nous éclaire sur le contexte historique et social, sur les moeurs des habitants, sur ses personnages importants, en mettant l’accent sur la prépondérance de l’art dans la vie de ce peuple.

On a envie d’y être.

J’ai particulièrement apprécié les extérieurs de Canaletto, qui rend si bien les paysages urbains, mais aussi les événements et la vie publique vénitienne, dans les moindres détails, s’aidant de la camera obscura.

Coup de coeur musical de l’expo : ce Concerto turco nominato izia semaisi, d’inspiration ottomane.


Un excellent article d’Éric Clément dans La Presse décrit avec justesse l’exposition. Vous pouvez aussi tenter le voyage vous-même en vous présentant au MBAM d’ici le 19 janvier.

Venise en crimes
En attendant de mettre les pieds dans la Sérénissime du XXIe siècle, je promets de me plonger dans les polars de Donna Leon (des titres à me suggérer?). Ou de revoir sur Tou.tv les enquêtes du Commissaire Brunetti, encore disponibles pour quelques semaines. Bien qu’un peu caricaturales, ces intrigues nous offrent le petit bonheur de déambuler dans un décor de rêve.

Venise et son histoire
C’est possible aussi de replonger dans les événements historiques de la ville, parfois criminels, parfois encore mystérieux, à travers cet épisode documentaire de L’Ombre d’un doute, « Venise, la cité des mystères », disponible sur le web.


Guide de Venise

Ce guide, plus ou moins touristique, bien qu’un peu drabe et qui date de quelques années, fait tout de même un tour de piste clair et concis des grands événements qui ont marqué la ville et les différents quartiers qui la composent. Pratique.


À la di Stasio
Et si vous avez, comme moi, l’âme à la dolce vita, notre Josée di Stasio nationale nous fait un petit tour gourmand de Venise, accompagnée, entre autres, de l’écrivaine Simonetta Greggio (dont j’ai lu «La douceur des hommes», charmante et émouvante rencontre d’une vieille dame passionnée, que je vous conseille, mesdames surtout).

Le coffre à surprises

Nous y revoilà. Mes activités professionnelles m’ayant plutôt éloignée de la musique dans les dernières années, il est plus que temps que je rafraîchisse ce site web. Et le meilleur moyen de le garder vivant, c’est d’y déposer de temps en temps des bribes de mes pensées, des parcelles de mon regard sur ce qui m’entoure.

Ce n’est pas la première fois que je blogue. Au début de cette tendance — il y a de ça quelques années déjà! —, j’étais aux premiers rangs à expérimenter ce nouvel outil de communication. J’avais cessé, faute de temps, mais aussi parce que je trouvais les gens timides. Pour moi, le blogue devrait aussi être un lieu d’échange, et pas seulement une page publique où déverser sa pensée je-me-moi à la face du monde.

Même si on se dévoile toujours un peu lorsqu’on prend la parole, je ne considère pas que ma voix est plus importante que celle des autres. C’est la mienne, c’est tout, et mon but n’est pas tant d’exprimer qui je suis que de communiquer, c’est-à-dire d’ouvrir un sentier vers les autres, d’amorcer des dialogues, de déclencher, qui sait, des étincelles à l’occasion chez mes interlocuteurs, qui en déclencheront à leur tour chez moi. Je parle d’étincelles de créativité, de réflexion, de sens, de curiosité et aussi de frivolité (parce que ça fait du bien!). C’est ce que j’essaie de faire quand j’écris, ce que j’essaie de faire quand je chante, ce que je continuerai à faire ici.

J’ai décidé de ne pas me limiter à un thème sur ce site, si ce n’est peut-être le coffre au trésor. Celui qu’on découvre au grenier sans savoir ce qu’on va y trouver. Je n’ai donc pas encore de titre, mais vos idées sont bienvenues si, au fil du temps, vous souhaitez le baptiser.