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Sur la trace d’Agatha Christie en Mésopotamie

Elle aurait pu se contenter d’écrire des romans (plus d’une soixantaine, sans compter nouvelles et pièces de théâtre), mais Agatha Christie était une insatiable curieuse et touche-à-tout : décoratrice, pianiste, infirmière, pharmacienne, photographe, vidéaste, réparatrice habile d’artefacts… Elle a eu mille vies. Tout ce qu’elle touchait, et toutes les personnalités qu’elle rencontrait, étaient sources d’inspiration pour ses histoires.

La reine du whodunnit (Qui a fait ça? Qui a tué?) sera en vedette jusqu’en avril à Pointe-à-Callière. Comme tout le monde, je connaissais l’auteure et quelques-unes de ses histoires les plus célèbres. Miss Marple et, plus encore, Poirot, sont entrés dans l’imaginaire collectif. Si on n’a jamais lu ses livres, on a au moins vu une des nombreuses adaptations de ses romans. Je ne connaissais toutefois que des bribes de sa vie et j’ai été fascinée par la dame tout au long de cette exposition.

C’est d’ailleurs moins une exposition sur une période en particulier de l’Histoire qu’une initiation au travail d’archéologue et une mise en lumière de l’apport d’Agatha Christie à ce domaine. Grande voyageuse, habitée par une grande soif d’apprendre, elle est partie vers Ur (ville antique d’Irak) par le train de l’Orient-Express pour soigner une peine d’amour. Et c’est à Ur que celle qui n’aimait pas du tout les histoires d’amour dans les intrigues policières a rencontré son second mari, Max Mallowan, avec qui elle a partagé cette passion pour l’archéologie pendant de nombreuses années.

Elle ne faisait pas qu’accompagner son mari sur les champs de fouille, mais elle participait activement à la restauration des oeuvres et à la documentation de la recherche par la photo et la vidéo. (Débrouillarde, elle avait découvert que sa crème de beauté était d’une grande efficacité pour nettoyer sans les abîmer les artefacts d’ivoire, eh oui!) Elle a même financé des fouilles avec les revenus de ses romans.

Inversement, cette partie de sa vie, d’archéologue et de voyageuse, a inspiré plusieurs de ses romans : « Meurtre en Mésopotamie », « Rendez-vous avec la mort », « Mort sur le Nil ». Observatrice, elle se servait de tout ce qu’elle apprenait au quotidien pour nourrir ses intrigues.

Tous les amateurs de polars et du travail de l’auteure seront intéressés par le parcours de l’exposition qui nous résume à la fois sa vie et son oeuvre, et fait les liens entre l’une et l’autre.

Les Aztèques au musée

Il est bon parfois de se rappeler qu’on n’a pas inventé le bouton à quatre trous. Je suis retournée voir l’exposition des Aztèques qui se termine en fin de semaine (26 octobre) à Pointe-à-Callière. C’est votre dernière chance si vous avez envie de vous plonger dans cet univers mexicain d’avant la conquête espagnole.

Templo Mayor

Bâti sur le site actuel de Mexico, le Templo Mayor est au coeur de la cité aztèque Tenochtitlan. Un musée archéologique s’élève actuellement au-dessus des ruines de ce temple et ils ont prêté une partie de leur collection au musée Pointe-à-Callière.  De nombreux objets d’art (sculptures, bijoux, poteries, masques) font partie de l’exposition. Certaines sculptures sont immenses et franchement impressionnantes.

Sacrifices

La mort est très présente dans leur culture et paraît un peu macabre à notre civilisation occidentale aseptisée, mais elle n’était rien d’autre qu’une facette complémentaire de la vie, comme le sont le yin et le yang chez les Orientaux. La nuit n’existe pas sans le jour, le soleil sans la pluie, la vie sans la mort.

Pour cette raison, les Aztèques pratiquaient le sacrifice humain quotidien. Pour beaucoup de sacrifiés, cette mort était enviable. Tant qu’à mourir de quequ’chose, se disaient-ils… Bon, moi, je préférerais passer mon tour, personnellement, mais pour eux, se faire arracher le coeur et le donner aux dieux, c’était permettre à la vie de suivre son cours, donner son sang pour repousser la fin du monde et vivre comblé pour l’éternité.

Ça a bien fonctionné jusqu’à l’arrivée des Espagnols.

Chinampas

Ce peuple était franchement ingénieux et la civilisation aztèque n’avait rien à envier aux peuples européens dans bien des domaines : éducation, ingénierie, agriculture, arts. Si leurs débuts à Tenochtlitlan, une île entourée d’un marais, ont été difficiles, ils se sont vite adaptés à leur environnement, construisant des temples et une ville entière sur pilotis, érigeant des digues et des canaux pour faire descendre l’eau des montagnes, et créant un système agraire très efficace. Les chinampas étaient des îlots artificiels construits à l’aide de pilotis et de fonds de roseaux tressés sur lesquels on plaçait des couches de sédiments des marais. Sur ce sol riche, on pouvait obtenir jusqu’à 7 récoltes de légumes, de maïs et de fleurs par année. Ce système existe toujours sur le site de Xochimilco mis en valeur et protégé par l’UNESCO.

Écriture

Les Aztèques possédaient leur propre système d’écriture, sous forme de pictogrammes et d’idéogrammes. Si beaucoup des codex (livres de cette époque) ont été détruits par les Espagnols, on en a retrouvé suffisamment pour pouvoir en apprendre davantage sur cette culture, ses moeurs et ses légendes. Plusieurs codex font partie de l’exposition.

Cortés

À l’arrivée des Espagnols, au XVIe siècle, la ville comptait environ 200 000 habitants, plus que la plupart des villes européennes de l’époque. Les Européens seront à la fois fascinés par la civilisation aztèque et horrifiés par certaines pratiques, mais surtout attirés par leur or. Malgré leur infériorité en nombre de soldats, les armées d’Hernan Cortés anéantiront la civilisation aztèque et détruiront Templo Mayor, aidées par leurs armes, par la petite vérole, les superstitions aztèques (qui craignaient la fin du 5e soleil et prenaient les Espagnols pour des dieux) et par les peuples conquis environnants, révoltés contre le pouvoir aztèque tout-puissant.

Les Aztèques
Musée Pointe-à-Callière
Jusqu’au 26 octobre

Expédition Franklin : les naufragés des glaces

Deux navires pris dans les glaces et dont on n’avait jamais retrouvé la trace. Des hommes condamnés à vivre — et à mourir — de faim et de froid, loin des leurs, dans un environnement du bout du monde. L’Erebus et le Terror font partie de la légende et on vient de retrouver l’un deux. L’expédition Franklin va enfin révéler ses derniers secrets.

Expédition Franklin, épave retrouvée

Photo prise par un sonar de Parcs Canada

Je ne sais plus quand j’ai entendu parler pour la première fois des naufrages de cette expédition dans l’Arctique, mais c’est le genre d’histoire qui frappe l’imaginaire. Le mien, en tout cas.

Terreur, Dan SimmonsFascinée par le sort des ces hommes, j’ai donc lu avec beaucoup de plaisir, malgré ses longueurs, le roman de Dan Simmons, Terreur, inspiré de ce qu’on connaissait de cette aventure. Si vous souhaitez en savoir plus, je vous conseille ce livre, fictif bien entendu, mais qui rend bien l’esprit qui devait régner sur ces bateaux. Dan Simmons a même effectué des recherches de terrain, se rendant dans le Grand Nord pour vivre les sensations (le froid et le noir, notamment) qu’il a intégrées au récit.

Il imagine les confidences d’un des commandants, Francis Crozier, qui nous raconte les événements dans son journal : la longue attente, la peur, l’espoir, la maladie, les morts qui surviennent, une à une, dans cet endroit polaire où ils sont isolés et complètement perdus. Ils ont mis beaucoup de temps à quitter les vaisseaux, espérant toujours être rescapés. À bout de provisions, au bout de longs mois de résistance (années même!), ils ont dû se résoudre (du moins, les quelques survivants) à partir à pied sur la terre glacée.

On connaît les grandes lignes de l’histoire, alors je ne vends pas de punch, mais l’immersion est réussie. Dan Simmons arrive à nous faire ressentir de façon réaliste et très crédible ce que ces pauvres marins ont dû vivre. À son habitude, il a rajouté une touche de fantastique, un monstre nordique semblable à un ours géant qui rôde autour d’eux, tel un fantôme, et qui les terrorise. Il incarne l’inconnu, la métaphore de cette peur devant ce milieu qui leur était hostile, car totalement étranger. L’auteur n’oublie pas non plus d’illustrer ce racisme latent qui élevait une barrière entre les marins anglais et les Inuits, ce qui leur a certainement nui, et les a sans doute même condamnés.

La fin imaginée par l’auteur s’étire inutilement (à mon goût, du moins), mais ça n’a pas altéré mes fortes impressions de lecture. Un film pour la télévision, basé sur le roman, est d’ailleurs en préparation.

Sous les étoiles

J’ai aussi lu le livre de Dominique Fortier, Du bon usage des étoiles. On a droit ici à de la bonne littérature, plus largement inspirée du mythe, mais moins collée à la réalité des marins. Ce sont deux romans totalement différents. Pour se mettre dans la peau des hommes, c’est celui de Dan Simmons qu’il faut choisir. Pour se plonger davantage dans la société victorienne, on pourra opter pour le roman de Dominique Fortier.

Ce dernier livre sera d’ailleurs adapté au cinéma par Jean-Marc Vallée, qui est un des amis de l’auteure. Ça fait longtemps que ce projet est dans l’air, mais le réalisateur en a reparlé dans la foulée de l’annonce de la découverte d’un des bateaux, en entrevue avec Stéphane Leclair à la radio.

Cet été, j’ai eu le plaisir d’interviewer Charles Dagneau, un archéologue subaquatique de Parcs Canada. Après l’étude de l’épave de l’Empress of Ireland, il devait joindre l’équipe de recherche du Franklin. Plusieurs expéditions ont eu lieu au fil du temps, sans succès, mais l’équipe espérait découvrir le trésor dans cette nouvelle zone de recherche. Eurêka.

Si les murs pouvaient parler

Si les murs pouvaient parler… Quels mondes fantastiques s’ouvriraient à nous! Imaginez tous ces secrets d’alcôve dévoilés, au grand bonheur des potineux et écornifleurs (que nous sommes tous un peu, admettons-le). Pensez à tous ces crimes non résolus qui trouveraient soudain leur coupable. Et quoi d’autre encore…

Brodie, village fantôme du Far West

Brodie, village fantôme du Far West

J’attends avec impatience l’invention de cet engin qui captera ondes et chromatiques emmagasinées dans la pierre et le bois des maisons, pour en recréer les images et sons de l’Histoire. Est-ce qu’on y trouverait réponses à nos questions? Est-ce qu’on se reconnaîtrait dans tous ces gens passés avant nous? Est-ce qu’on arriverait à les comprendre?

C’est peut-être un mal pour un bien que ces cloisons demeurent closes. On a beau dire que la réalité dépasse souvent la fiction, les faits crus décevraient peut-être les espoirs créés par notre esprit créatif. Mais n’empêche… Ça fait rêver, non?

C’est l’auteure Ariane Gélinas qui m’a remise sur cette piste récemment. J’ai toujours été attirée par les villages abandonnés et les champs de fouille archéologique. Je me suis promenée avec bonheur (et avec une curiosité insatiable) dans les dédales des ruines de Deir-El-Medineh, ce village d’artisans-prêtres de l’Égypte pharaonique, et je rêve de mettre un jour les pieds à Pompei, mais j’ignorais qu’il existait autant de villages disparus ici même au Québec. C’est en lisant le roman noir Transtaïga que j’ai eu vent de cette catastrophe, pourtant pas si ancienne, de Saint-Jean-Vianney.  Vous le saviez peut-être, moi pas, mais en 1971, ce village du Saguenay a été rayé de la carte en quasi une nuit, suite à un glissement de terrain. Radio-Canada a interrogé des témoins de l’époque au cours d’une émission de Tout le monde en parlait.

On peut aussi retrouver sur le Net un reportage sur 3 villages d’Ontario qui ont été rayés de la carte par les fluctuations économiques, et ces villages ne sont que quelques-uns parmi tant d’autres.

C’est à la fois terrifiant et fascinant de savoir que, même ici au Québec, tout un village peut disparaître en poussière en un rien de temps et je suis sensible à ce qu’ont pu vivre ces gens. Toutefois, ce n’est pas tellement l’appel de la catastrophe qui m’intéresse dans ces villages fantômes, ou ce qu’il en reste, mais tout simplement la trace qu’ils laissent. Ils sont comme des témoins de temps révolus mais non moins vivants.

La petite fille en moi imagine avec émerveillement, et un certain sens du recueillement, que le mur qu’elle touche a été érigé par des gens qui sont passés par là quelques décennies avant elle et que cette pierre ou cette brique est un lien ténu vers eux et leurs histoires.

Et mon petit doigt me dit que je ne suis pas la seule… D’ailleurs, tout un pan du tourisme est basé là-dessus.

Gary Lawrence, sur son blogue de L’Actualité en a relevé quelques-uns l’an dernier. On peut également retrouver le recensement de 50 lieux abandonnés, aux photos assez spectaculaires, sur le blogue de Jet tours.

Il existe aussi des répertoires de lieux abandonnés pour ce qu’on appelle les explorateurs urbains. Un jeu vidéo disponible en ligne, Urbex, s’inspire de cette tendance.

Et vous? En êtes-vous un? Est-ce que ça vous inspire pour l’une de vos prochaines destinations vacances?

Quelques références à propos de villages disparus se trouvent sur mon Pinterest. Partagez vos connaissances avec moi. Je suis toujours curieuse d’en connaître de nouveaux.

Pour explorer le village de Deir-El-Medineh: