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Polar médiéval au coeur de Tallinn

J’étais curieuse de lire L’Énigme de Saint-Olav parce que ce polar médiéval se déroule à Tallinn en Estonie et que j’ai visité sa vieille ville qui est au coeur du roman. Elle a d’ailleurs gardé tout son charme de l’époque avec son muret de pierre et des maisons qui datent du XIVe siècle et même d’avant.

Indrek Hargla est un prolifique auteur estonien, natif de cette ville. Sa biographie en parle comme d’un auteur de fantastique surtout, mais ce tout premier récit de la série Melchior, l’apothicaire est bel et bien un polar réaliste. Enfin, presque. Sans touche de fantastique mais fortement imprégné de légendes et d’histoire mêlée d’une imagerie médiévale classique. Si vous aimez cet univers mythifié, vous aurez un grand plaisir à vous y plonger. Ça se passe en 1409, alors que la vieille ville qu’on peut toujours visiter aujourd’hui était encore en plein développement. On y retrouve moines, chevaliers, poisons et secrets, et aussi un peu de la vie quotidienne des habitants du village.

Tallinn était une ville marchande, un point névralgique au bord de la Baltique, et elle a souvent été occupée. D’abord par les Danois et plus tard par les Russes. L’Estonie a fait partie de l’URSS jusqu’en 1991, mais sa langue est plus proche du finlandais, à ce qu’on dit. (Comme je m’y connais autant en estonien et en finlandais qu’en martien, je veux bien le croire!) Son centre historique, avec son enceinte fortifiée, fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco. C’est un réel plaisir de s’y promener et il n’y a pas de plus beau cadre pour y imaginer une aventure médiévale. Si vous voyagez dans ce coin-là, je vous conseille fortement de vous y arrêter. Bien sûr, c’est touristique, mais ça vaut quand même le détour.

On y trouve d’ailleurs de nombreux cafés et terrasses près de la place de l’Hôtel de Ville (et pas loin non plus de l’église Saint-Olav dont on parle dans le roman) et j’y ai très bien mangé dans un restaurant… médiéval (on est dans le thème ou on ne l’est pas), le Olde Hansa. Leur bière artisanale était aussi excellente. Pas du tout attrape-touriste.

enigme_de_saint_olav_indrek_hargla_150Melchior, ce futé mais tourmenté apothicaire, aidera donc son ami le bailli Dorn à élucider le meurtre scandaleux d’un membre décapité de l’Ordre des chevaliers teutoniques à Toompea (sur la colline qui domine la vieille ville de Tallinn et où l’Ordre a ses quartiers indépendants). Ce sera une enquête classique mais bien menée, à l’intrigue à la fois terrible et divertissante (eh oui) avec ses personnages colorés, ses concours de bière organisés par les moines et la guilde des Têtes-noires (qui a réellement existé), et qui nous fait voyager autant dans l’espace que sur la ligne de temps.

Jusqu’à présent, trois autres romans centrés sur les aventures de Melchior ont été traduits en français. Terviseks!

Barcelone, voyage éclair

Séjour à Barcelone cet été. Une courte semaine. Une première. Et j’y retournerais bien…

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C’était un mois avant l’élection référendaire en Catalogne. On s’attendait à des pancartes partout, comme chez nous. Mais non… Pas de «oui», pas de «non», pas de grosse face de personne. Pas de manifestation, non plus. Que des drapeaux aux fenêtres. Étoilés et rayés avec parfois un triangle jaune, parfois un triangle bleu, mais tous prônant le caractère distinct de la nation catalane.

Moins d’effervescence indépendantiste visible dans les rues que prévu, donc… Mais tant de choses à voir en si peu de temps, c’est presque cruel.

L’hôtel était situé dans l’Eixample, un quartier vraiment agréable, tout près des chefs-d’oeuvres modernistes, un peu au Nord de la vieille ville historique (vieille ville pleine de charme aux rues très étroites mais beaucoup plus bruyante et bondée, disons-le).

Je n’ai pas été déçue souvent pendant ce voyage. Tout, ou presque, était à la hauteur des attentes.

Voici mes meilleures impressions pour les futurs voyageurs.

Miro

Le musée de la Fondation Miro en est certainement un qui vaut le détour. Consacré à l’artiste catalan, il expose une bonne partie de ses sculptures et toiles. Si vous aimez déjà cet artiste, vous serez heureux. Si vous ne le connaissez pas, c’est une belle occasion de vous initier. Joan Miro a eu ses périodes sombres, mais malgré tout, son oeuvre est généralement très ludique.

Le lieu ne gâche rien. Aéré, épuré, et situé sur le Montjuic avec une belle vue sur la ville. En prime, le restaurant du musée offre un menu de qualité, à prix raisonnable, avec service aux tables dans un décor fort agréable. Vous avez le choix entre une terrasse en cour intérieure ou une table à l’intérieur avec vue sur les arbres.

Picasso

Picasso a vécu sa jeunesse à Barcelone et ce sont ces années-là, ses premières armes, qui sont mises en valeur au musée Picasso. Pas d’oeuvre majeure, donc, mais bien sûr, c’est Picasso… L’office du tourisme de Barcelone offre un tour guidé à pied dans les rues de la vieille ville, passant par différents endroits fréquentés par l’artiste, et se termine par une visite du musée. Tout ça en français, svp. La réussite de ces tours dépend beaucoup du guide, et la nôtre (une étudiante en histoire de l’art) était parfaite (malheureusement, j’ai oublié son nom!). Nous avons donc pu connaître une partie de l’histoire de la ville à travers celle de Picasso et voir les lieux qui ont influencé son oeuvre.

Palais de la musique catalane

Parmi les édifices à visiter, le  Palais de la musique m’apparaît incontournable. Conçu par l’architecte Lluis Demènech i Montane, il est spectaculaire. Allez y entendre un concert ou participez à une visite guidée (il y en a en français).

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Bémols

Faisons un détour tout de suite par les bémols avant de poursuivre. Évitez le Poble Espanyol. Ce village artificiel ne vaut pas le prix d’entrée. Gardez votre temps et votre argent pour toutes les splendeurs que Barcelone a à offrir.

Enlevons aussi quelques points aux administrateurs de la cathédrale gothique. Elle est impressionnante, mais je ne sais pas qui a eu l’idée de génie de la garnir de lampions électriques et, pire, d’orner plusieurs piliers d’écrans numériques. Pour un monument de cette époque, c’est presque un péché capital.

Gaudi

On ne peut pas mettre les pieds à Barcelone sans admirer l’oeuvre de Gaudi, qui donne à cette ville sa couleur si particulière. Il n’est pas le seul en cause (la période moderniste, dont il fait partie, a généré de nombreux édifices spectaculaires) mais c’est Gaudi qui a le plus marqué la ville.

Quelques mots pour ceux qui ne le connaissent pas bien: Antoni Gaudi est un architecte catalan du 19e siècle, mort en 1926, avec une signature vraiment unique. Entre autres, il était très influencé par la nature et n’aimait pas les lignes droites qui, disait-il, n’existent pas dans le monde biologique.

Plusieurs de ses oeuvres font partie du patrimoine mondial inscrit à l’UNESCO.

Sagrada Familia

Son oeuvre la plus monumentale est la Sagrada Familia (Sainte famille), basilique dont la construction a été commencée en 1883 et est toujours inachevée. On prévoit la terminer en 2026.

J’ai été surprise en franchissant le seuil. L’intérieur impressionne mais m’a paru épuré comparativement à l’extérieur et à d’autres de ses créations. Le blanc domine et ce sont les jeux de lumière à travers les vitraux qui dessinent le décor en mouvement selon l’heure du jour. J’ai tenté de prendre des photos, puis j’ai abandonné, car ça ne rendait pas bien la réalité. Il faut y être.

Avis à tous, accommodement raisonnable ici : on ne tolère pas les chapeaux à l’intérieur, par respect pour ce lieu de culte, disent-ils.

Casa Batllo

L’un de ses édifices les plus connus et très visité, la casa Batllo a été construit en 1906. Il est situé dans le quartier l’Eixample comme beaucoup des immeubles modernistes. Gaudi a beaucoup utilisé la technique du trencadis (mosaïque de céramique, pratique pour recouvrir les formes arrondies).

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Palais Güell

Je suggère aussi le palais Güell, première habitation qu’il a conçue pour Eusebi Güell. Très différent de la Casa Batllo mais tout aussi magnifique. Vous pouvez en faire une visite virtuelle sur leur site web.

Parc Güell

Ce parc fait aussi partie de la série Gaudi que je recommande. On peut aller s’y promener gratuitement.Toutefois, certaines zones du parc, et certains édifices, ont un prix d’entrée. Prévoyez un peu de temps devant vous. Nous n’avons pas pu visiter le coeur du parc, faute de billets disponibles au moment de notre visite, et à cause d’un horaire chargé.

La Pedrera (ou Casa Mila)

La Pedrera, autre signature de Gaudi, vaut la peine d’être vue de près de l’extérieur. Toutefois, si vous devez faire une sélection (pour épargner temps et argent, car il y a tant à voir dans cette ville!), vous pouvez laisser tomber la visite intérieure payante, car hormis le toit, l’intérieur de La Pedrera est moins spectaculaire que les autres édifices de l’architecte (à moins d’être passionné d’architecture). Mais, bon, si vous y tenez, ça demeure du Gaudi, jamais banal.

Observatoire Fabra et souper sous les étoiles

Rien à voir avec Gaudi, mais si vous avez envie de sortir un peu du circuit touristique, pensez à un souper sous les étoiles au mont Tibidabo à l’extérieur de l’observatoire astronomique Fabra. Repas gastronomique, service de qualité, vue imprenable sur Barcelone et visite.

Comme nous étions les deux seuls «touristes» (ne parlant ni castillan ni catalan), nous avons eu droit à une visite privée pour deux. Les étoiles étaient discrètes (la faute aux lumières de la ville), mais nous avons eu le privilège de voir de près la lune presque pleine avec ses cratères, à travers le téléscope géant.

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En extra, pendant que j’observais la vue, moi, la Nord-Américaine, j’ai eu droit à mes premiers sangliers «live», les petits et leur maman.

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À la fin de la visite, ils se sont occupés de nous appeler un taxi (prévoyez une bonne demie-heure de taxi jusqu’au coeur de la ville). Quand je dis «ils», je parle des organisateurs de la soirée, bien sûr, et non des repas préférés d’Obélix, hum… 

Sangria, expressos et cocktails

Si j’ai un regret, c’est de ne pas avoir eu assez de temps pour le farniente, mais je peux quand même vous recommander le Quinze Nits, sur la Plaça Reial, pour les tapas copieux, bons et à bon prix et pour l’excellente sangria.

Barcelone regorge de cafés. Dans l’Eixample, il y a des terrasses tout le long de la Rambla (animée, mais beaucoup moins que vers le sud dans la vieille ville où c’est non seulement bondé, mais où ça devient plutôt des kiosques de glin-glin pour les touristes). C’est donc facile de trouver un endroit bien pour se sustenter (avertissement: partout, on paie le pain et l’eau). Un peu à l’écart de l’autoroute pour touristes, on trouve aussi chaussure à son pied, comme le bistrot Café Emma, ou encore Épicerie, un chouette café (eh oui) tenu par une Française (mais les employés parlent surtout castillan ou catalan et un peu l’anglais). On l’avait adopté pour nos matins. Dans la plupart de ces cafés, ou dans les restos pour le déjeuner, on trouve des mini-sandwichs avec jambon ibérique, une spécialité de la place. Et oubliez le café filtre, bien sûr. C’est expresso ou café americano.

Le café Épicerie à Barcelone

Le café Épicerie à Barcelone

Si vous n’avez pas trop le vertige, faites un petit tour aussi au bar Éclipse juché au dernier étage de l’hôtel W, situé sur un bras de terre qui avance dans la Méditerranée. Difficile de faire mieux pour se perdre dans l’horizon bleu.

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Lectures barcelonaises

confiteor_100Deux romans espagnols m’ont accompagnée avant et pendant le voyage. Le premier est traduit du catalan et raconte l’histoire de la Catalogne en parallèle à la vie d’un homme. Au passage, ça parle du bien et du mal, de l’art et de la beauté autant que de la cruauté, deux facettes indissociables de l’être humain. Un livre «costaud» (vraiment pas une lecture de plage) mais excellent. Je ne le conseille pas à tout le monde mais au moins à tous les grands lecteurs. Confiteor, de Jaume Cabré.

barcelona_polet_100Le second se lit comme du bonbon, mais n’en demeure pas moins très bien écrit. Dans le Barcelone contemporain, plusieurs destins s’entrecroisent, questionnant la vie et dépeignant la société espagnole, avec le débat sur l’indépendance en toile de fonds. Cet écrivain belge vivant à Barcelone nous promène d’un quartier à l’autre sur les pas des personnages, redoublant le plaisir du voyageur. Barcelona!, de Grégoire Polet.

New York, porte vers ma rentrée

Il fait encore beau et chaud, mais avec septembre qui vient d’arriver, les jours qui raccourcissent de plus en plus, des feuilles d’arbres qui s’accumulent sur le sol, et le retour à l’école pour beaucoup de profs et d’élèves, la nostalgie me prend déjà.

Pas de grand voyage pour moi cet été, mais un détour par Kamouraska et Rimouski, et quelques jours à New York pour marquer la fin de la belle saison.

J’ai beau être allée plusieurs fois à New York, je n’ai pas encore tout vu de la grosse pomme. Mission impossible, j’imagine. Ça bouge tellement là-bas.

Et me revoici donc avec quelques points forts de ce séjour… et deux ou trois mots sur ce qu’il me reste à voir! Ça vous inspirera peut-être pour votre prochaine promenade.

High Line, promenade en hauteur

J’y étais déjà allée, mais elle a pris du mieux. Très touffue, arbres inclus, et avec un design qui intègre judicieusement son historique industriel, elle offre une oasis très animée mais rafraîchissante avec vue en plongée sur la rivière Hudson.

Situés dans le Meat Packing District, ces rails surélevés servaient à acheminer la marchandise — principalement de la viande, mais aussi d’autres denrées et produits manufacturés — directement dans les entrepôts du secteur.

Complètement abandonnés en 1980, les rails ont frôlé la démolition, mais des citoyens de Chelsea, le quartier environnant, se sont battus et ont formé un comité de bénévoles qui ont réussi, après plusieurs obstacles et des années d’efforts, à réaliser ce beau projet. Ouvert au public en 2009, il est déjà devenu un incontournable de New York. Encore en évolution, la High Line s’agrandit d’une 3e partie, Rail Yards, entre la 30e et la 34e rue, le 21 septembre prochain.

 

Plunge, bar avec vue

L’hôtel Gansevoort se trouve tout près de l’entrée sud de la High Line. À son sommet, le bar Plunge offre une vue sur la ville et sur l’Hudson qui vaut le détour. La terrasse fait presque tout le tour de l’édifice. Un peu bruyant, mais allez-y quand même pour prendre quelques photos.

Bar Plunge, hôtel Gansevoort, New York

Brooklyn Heights et traversée du pont

Vous pouvez y aller en métro ou en profiter pour traverser à pied le célèbre pont de Brooklyn. La promenade de Brooklyn Heights longe la East River et offre une vue sur le quartier des affaires de Manhattan et sur la statue de la Liberté. Tout près, dans le quartier historique, la rue Montague offre plein de boutiques et de restaurants avec terrasse. Ambiance très agréable, à l’écart des rues surchargées de trafic et des klaxons du centre de New York.

Brooklyn Heights New york

Si vous ne connaissez pas l’histoire de la construction du pont de Brooklyn, ça vaut la peine de vous y attarder :

http://www.histoire.presse.fr/mensuel/68/le-pont-de-brooklyn-et-le-reve-americain-01-06-1984-55093

Tenement Museum

Si vous êtes chanceux, vous me reparlerez de ce musée parce que nous, on en a vu que des bribes, dont un film projeté gratuitement en boutique. Pas moyen d’obtenir un billet le jour même. Donc, je vous conseille d’acheter d’avance votre billet en ligne si vous souhaitez faire cette populaire visite.

Comme toutes les grandes villes, New York a une riche histoire où riches et pauvres se côtoient et où les vagues d’immigration se succèdent. Le Lower East Side, avant de devenir la tendance des dernières années, a été longtemps un quartier surpeuplé et malheureusement dominé par la misère. Habité par les Irlandais, les Juifs allemands, les Russes, les Italiens, et maintenant bordé par le Chinatown, ce quartier en a vu de toutes les couleurs, sans mauvais jeu de mots. À une certaine époque, on entassait les familles dans des endroits minuscules appelés tout simplement les « tenements », avant que des citoyens, inquiets, ou tout simplement indignés, de l’insalubrité dans laquelle devait vivre ces familles, se mobilisent pour que l’État intervienne.

Ce musée fait donc renaître la vie de ces familles, à différentes époques, à l’intérieur de ces murs, et est doublé d’une visite guidée du quartier.

Tenament Museum New York
Petite Italie

Après notre demi-visite, nous en avons profité pour passer par le Chinatown et ce qui reste de la Petite Italie. La rue Mulberry était en partie fermée aux voitures et les touristes avaient envahi les terrasses des restaurants. Nous nous sommes arrêtés au classique Ferrara Café, spécialiste en desserts italiens. À Montréal, nous n’avons rien à leur envier en matière de gelato, mais la leur, au cappucino, était tout de même excellente. L’abondance de leurs desserts au comptoir est hallucinante. Je me promets d’y retourner.

Dee Dee au Blue Note

New York a ses boîtes de jazz mythiques. On a profité du passage de Dee Dee Bridgewater au Blue Note dans le West Village pour y faire un petit tour. Elle était accompagnée du band de Theo Croker dont elle a produit le dernier album. J’aurais aimé entendre davantage de standards jazz de ses anciens albums, mais c’est toute une musicienne (au rire contagieux, d’ailleurs) et on a passé une excellente soirée. Le Blue Note était plein à craquer.

 

 

Le futurisme italien au Guggenheim Museum

Guggenheim MuseumCertainement un des plus beaux bâtiments de New York, ce magnifique musée est parmi les incontournables de la ville.  Cet été, l’exposition temporaire vedette portait sur le futurisme, mouvement artistique et social italien des années 1910 à 1940 environ, que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam, mais que j’ai trouvé fascinant (épeurant mais fascinant). Inspiré du manifeste de Marinetti, il a influencé l’art de la peinture, de la sculpture, la musique, la danse, le cinéma et la photographie, mais aussi le design de meubles, d’objets et de vêtements.

Pris dans le tourbillon de l’évolution technologique, il prônait la vitesse, la machine, l’intensité, la violence, et véhiculait l’utopie de la reconstruction de notre environnement quotidien, même dans l’architecture des maisons. En regardant leurs dessins, on se dit d’ailleurs que le cinéma de science-fiction y a puisé un peu de son imagerie.

Extraits éloquents du manifeste :

« Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité. »

« Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux, tels des serpents à l’haleine explosive… »

« Il n’y a plus de beauté que dans la lutte. Pas de chef-d’œuvre sans un caractère agressif. La poésie doit être un assaut violent contre les forces inconnues, pour les sommer de se coucher devant l’homme. »

Intense, vous dites?

Pour les curieux, la transcription du manifeste en entier se trouve ici :

http://zinclafriche.org/mef/wp-content/uploads/2009/12/manifestefuturismefr.pdf

Empire State Building

Je n’avais encore jamais hissé ma petite personne jusqu’au sommet de ce pourtant très recherché toit du monde… J’ai été impressionnée. La vue est vraiment vertigineuse… Je n’y retournerai pas, mais ça valait le 29 $ d’entrée… surtout un soir pas trop achalandé, ce qui nous a évité des files interminables.

Tchou tchou…

Même si vous ne prenez pas le train, passez par le Grand Central Terminal. Il est possible de faire une visite guidée à l’aide d’une application sur son cellulaire (version française disponible) ou tous les midis auprès d’un guide en chair et en os. Pour prendre de l’avance ou pour rêver à New York en attendant de vous y rendre, l’histoire de la gare et les explications d’une guide vous sont proposés sur le site (en anglais).

Le New York d’Edward Rutherfurd

New York, Edward RutherfurdSi vous avez envie de lire sur New York et que l’anglais ne vous fait pas peur, je vous suggère le roman historique d’Edward Rutherfurd. Pas de la grande littérature, mais tout de même relativement bien écrit et documenté. Sa saga traverse toute l’histoire de la ville, de la période hollandaise jusqu’à la chute des tours. À souhaiter que ce livre soit éventuellement traduit en français.

Dans ma catégorie « À voir quand j’y retournerai »

Trois jours, c’est vite passé. Parmi les choses que je mets sur ma liste pour une prochaine fois:

« Eataly », le complexe de restaurants et boutiques gourmandes italiennes près du Flatiron Building mis sur pied par, entre autres, Mario Batali.

« The Cloisters », cette partie du Musée des Beaux-Arts située à l’extrême nord de l’île dans des monastères du Moyen-Âge.

 

« The Frick Collection », une riche collection d’oeuvres d’art dans une maison bourgeoise du début du 20e siècle. Faute de mieux, on peut visiter, de chez soi, la maison Frick et ses oeuvres, avec description audio (en français).

Frick Collection

Un Télex de Cuba de Rachel Kushner envoûtant

Télex de Cuba, Rachel KushnerEntre 1952 et 1959, Cuba subit de grands bouleversements sociaux et politiques. Du coup d’État fomenté par Batista, à la solde des Américains, jusqu’à la Révolution de Castro, qui les chassera du territoire, l’île a vécu quelques années instables que nous raconte Rachel Kushner dans son Télex de Cuba. L’auteure multiplie les voix pour nous faire vivre ces années de l’intérieur. Comme si on y était, donc. Et c’est plutôt réussi.

Venue de son Tennessee natal, la jeune Everly débarque avec ses parents, d’abord à La Havane, puis à Preston et à Nicaro où son père dirigera une mine de nickel, alors que Batista vient de s’installer au pouvoir. On découvre l’île à travers ses yeux d’enfant, puis d’adolescente. Un regard curieux, ouvert, allumé. On s’attache tout de suite à cette personnalité hors du commun, sensible et déjà affirmée. Rachel Kushner s’est inspirée des souvenirs de ses grands-parents et de l’enfance de sa mère pour écrire ce roman. On devine que la petite Everly fait honneur à l’ombre maternelle.

En contre-chant, on suit aussi le fils d’un dirigeant de la production de canne à sucre, ainsi que plusieurs Américains venus chercher de meilleures conditions de vie à Cuba, mais qui vivent en autarcie dans leur petit monde de Blancs américains dans un système qui les favorisent au détriment des travailleurs locaux.

Et dans les choeurs, les voix d’un trafiquant d’armes français et d’une danseuse et putain cubaine, espionne pour Castro, viennent ponctuer le récit.

La plupart des personnages se croisent, mais parfois sans se connaître, ou alors si peu. Chacun de ces points de vue vient enrichir le portrait global de ces années cubaines.

C’est surtout l’univers des expatriés américains qu’on apprend à connaître, tout en prenant conscience du choc des cultures et des enjeux historiques et sociaux de la révolution cubaine. L’auteure passe par l’intime pour nous faire connaître un pan de la grande Histoire. On en ressort un peu plus savant et avec des parfums et des couleurs plein la tête qui donnent envie d’aller danser la salsa dans les Caraïbes, un daiquiri à la main. Un peu plus et on ressent, nous aussi, la nostalgie de ces années-là et le mal du pays.

Pour voyager un peu, un vidéo sur le Cuba d’aujourd’hui ici. Vous n’apprendrez pas grand chose de l’histoire du pays mais vous en ressentirez l’atmosphère. Visuellement très réussi.

Les portes tournantes

Cette ligne de fin d’année s’est franchie comme à l’arrivée pour moi : en mettant un pied devant l’autre. Vous aussi, je parie. C’est encore ce que je compte faire pour chaque jour de l’année qui vient, alors pas de fla-fla, pas de résolutions rabat-joie, ni de promesses qui risqueraient de ne pas être tenues. Je vais faire mon possible, ce qui est déjà beaucoup, et tenter de sortir du bon côté des portes tournantes. Rien de plus détestable que de se rendre compte qu’on a tourné en rond. Je blague à demi, mais ne pas se laisser emporter dans le tourbillon de ces portes peut parfois être très sportif!

Les bilans 2013 ont abondé et je les suis toujours avec beaucoup de plaisir et un brin de complaisance (l’important, c’est d’y voir défiler nos têtes à claques). Pour ajouter ma touche personnelle à tous ces bye bye, voici donc dix points de rencontre culturels (mais pas drôles du tout, j’ai laissé l’humour pour un moment de l’autre côté des portes) où m’ont menée mes pas et qui ont chatouillé mes orteils. Dans le désordre.

1. Claude Robinson, qui n’a pas été suffisamment mis de l’avant dans les bilans de fin d’année. Il aurait dû être porté triomphalement sur le bouclier d’Abraracourcix. Mon oeil s’est attardé sur ce texte d’Yves Boisvert, et j’espère que ces clowns tristes perdront enfin panache, perruques et millions en 2014. Comment se fait-il qu’ils aient encore une chemise sur le dos?

2. Dany Laferrière. Si l’Académie française n’a pas une grande résonance dans nos coeurs de Québécois, on est quand même bien conscient que ce n’est pas un mince exploit d’y être admis. Et ça flatte un peu notre ego chauvin d’entendre l’écrivain donner de l’importance au Québec dans ses entrevues en France.

3. Unité 9. Assurément un des téléromans les plus réussis, et utiles, des dernières années, tous pays confondus.

4. Karine Vanasse dans Revenge. Cette série est mon péché mignon. J’aime suivre cette drama pour filles, savant mélange de suspense, d’action, de romances et de glamour, portée par des personnages féminins forts. Encore un peu de chauvinisme, mais comment ne pas sourire de l’apparition de cette actrice (qui en plus d’être des nôtres, est belle et brillante, a un naturel fou et a le culot d’être sympathique, n’en jetez plus, la cour est pleine), qui tient un rôle assez important dans la saison 3. Ça fait un p’tit velours. Nos artistes sont nos voisins ici, au Québec, alors quand le voisin voyage…

5. Mon nouveau Sony Reader avec rabat, qui remplace mon Kindle tristement obsolescent (mais j’y reviendrai).

6. René Magritte, qui a clos mon année, au MOMA à New York. Un de mes peintres préférés, dont une grosse partie de ses oeuvres majeures sont rassemblées dans cette expo. J’ai donc pu admirer grandeur nature des tableaux comme La condition humaine, Le thérapeute et Les amants, un sourire en coin, car sous sa fascination (parfois morbide) pour l’inconscient, se cache aussi beaucoup d’humour. Vous pouvez l’attraper au MOMA jusqu’au 12 janvier, sinon, il faudra vous rendre à Houston ou à Chicago.

7. Broadchurch. Une des très bonnes séries policières que j’ai vues cette année. La meilleure, en fait, parce que je la regarderais avec plaisir de nouveau même si j’en connais la fin. Ça tient beaucoup aux paysages, aux personnages et à un rythme bien dosé, qui convient à l’ambiance de vents et de falaise sans rien alourdir. La version francophone sera diffusée à Radio-Canada (à partir du 28 février, je crois, mais je dis ça sous toute réserve).

8. Titi Robin et son passage au Festival de jazz de Montréal. Sa musique s’inspire de l’âme gitane et fait monter du sol une irrésistible fièvre qui se propage dans le corps en entier, de nos orteils à nos oreilles.

9. Sherlock Holmes vient d’entrer dans le domaine public. Ce personnage déjà légendaire appartient maintenant à tous. C’est quand même quelque chose quand un personnage fictif devient à ce point immortel.

10. L’Ermitage. En 2013, j’ai enfin mis les pieds dans ce lieu mythique. Impossible de tout voir de cet immense musée en une seule fois (il inclut 4 palais), mais c’est déjà un souvenir impérissable que d’avoir pu déambuler entre ces murs magnifiques, ancien antre de Catherine la Grande, dans un Saint-Pétersbourg dont l’architecture spectaculaire fait oublier la grisaille de sa température.

Ermitage vu de la Neva, Saint-Pétersbourg

Ermitage vu de la Neva, Saint-Pétersbourg, Photo Wikipedia

Musée L'Ermitage, Saint-Pétersbourg, Russie, Juin 2013 © Julie Marcil

Musée L’Ermitage, Saint-Pétersbourg, Russie, Juin 2013 © Julie Marcil

Je vous souhaite une année 2014 pleine de belles découvertes.

Venise sous la neige

Les gondoles glissaient sur l’eau par centaines, et pas seulement pour les touristes. On y chantait des romances jusque tard dans la nuit. Danse et musique étaient parties prenantes de la vie des Vénitiens, dans toutes les couches de la société, au quotidien comme en période de carnaval. Les peintres étaient tous musiciens, et inversement. Même aux orphelines, on apprenait à jouer du luth et du violon. C’était Venise, à son apogée, avant qu’elle soit menacée d’inondation.

Venise en photos

Photos de Venise

J’ai bravé la tempête la semaine dernière pour troquer les flocons contre l’art vénitien du Musée des beaux-arts de Montréal. Les yeux sur les oeuvres du XVIe au XVIIIe siècle, et les oreilles emplies de luth et de viole de gambe, je m’imaginais au bord de la lagune, dans une cour en train de danser le menuet pendant le carnaval, ou admirant le Bucentaure pendant le rituel du mariage avec la mer. Car cette exposition se veut davantage un voyage géographique et historique, à travers l’art, que la description d’un courant stylistique.

Tableaux, partitions, musiques et instruments anciens évoquent l’âme et l’ambiance de cette partie du monde. Le parcours nous éclaire sur le contexte historique et social, sur les moeurs des habitants, sur ses personnages importants, en mettant l’accent sur la prépondérance de l’art dans la vie de ce peuple.

On a envie d’y être.

J’ai particulièrement apprécié les extérieurs de Canaletto, qui rend si bien les paysages urbains, mais aussi les événements et la vie publique vénitienne, dans les moindres détails, s’aidant de la camera obscura.

Coup de coeur musical de l’expo : ce Concerto turco nominato izia semaisi, d’inspiration ottomane.


Un excellent article d’Éric Clément dans La Presse décrit avec justesse l’exposition. Vous pouvez aussi tenter le voyage vous-même en vous présentant au MBAM d’ici le 19 janvier.

Venise en crimes
En attendant de mettre les pieds dans la Sérénissime du XXIe siècle, je promets de me plonger dans les polars de Donna Leon (des titres à me suggérer?). Ou de revoir sur Tou.tv les enquêtes du Commissaire Brunetti, encore disponibles pour quelques semaines. Bien qu’un peu caricaturales, ces intrigues nous offrent le petit bonheur de déambuler dans un décor de rêve.

Venise et son histoire
C’est possible aussi de replonger dans les événements historiques de la ville, parfois criminels, parfois encore mystérieux, à travers cet épisode documentaire de L’Ombre d’un doute, « Venise, la cité des mystères », disponible sur le web.


Guide de Venise

Ce guide, plus ou moins touristique, bien qu’un peu drabe et qui date de quelques années, fait tout de même un tour de piste clair et concis des grands événements qui ont marqué la ville et les différents quartiers qui la composent. Pratique.


À la di Stasio
Et si vous avez, comme moi, l’âme à la dolce vita, notre Josée di Stasio nationale nous fait un petit tour gourmand de Venise, accompagnée, entre autres, de l’écrivaine Simonetta Greggio (dont j’ai lu «La douceur des hommes», charmante et émouvante rencontre d’une vieille dame passionnée, que je vous conseille, mesdames surtout).

Si les murs pouvaient parler

Si les murs pouvaient parler… Quels mondes fantastiques s’ouvriraient à nous! Imaginez tous ces secrets d’alcôve dévoilés, au grand bonheur des potineux et écornifleurs (que nous sommes tous un peu, admettons-le). Pensez à tous ces crimes non résolus qui trouveraient soudain leur coupable. Et quoi d’autre encore…

Brodie, village fantôme du Far West

Brodie, village fantôme du Far West

J’attends avec impatience l’invention de cet engin qui captera ondes et chromatiques emmagasinées dans la pierre et le bois des maisons, pour en recréer les images et sons de l’Histoire. Est-ce qu’on y trouverait réponses à nos questions? Est-ce qu’on se reconnaîtrait dans tous ces gens passés avant nous? Est-ce qu’on arriverait à les comprendre?

C’est peut-être un mal pour un bien que ces cloisons demeurent closes. On a beau dire que la réalité dépasse souvent la fiction, les faits crus décevraient peut-être les espoirs créés par notre esprit créatif. Mais n’empêche… Ça fait rêver, non?

C’est l’auteure Ariane Gélinas qui m’a remise sur cette piste récemment. J’ai toujours été attirée par les villages abandonnés et les champs de fouille archéologique. Je me suis promenée avec bonheur (et avec une curiosité insatiable) dans les dédales des ruines de Deir-El-Medineh, ce village d’artisans-prêtres de l’Égypte pharaonique, et je rêve de mettre un jour les pieds à Pompei, mais j’ignorais qu’il existait autant de villages disparus ici même au Québec. C’est en lisant le roman noir Transtaïga que j’ai eu vent de cette catastrophe, pourtant pas si ancienne, de Saint-Jean-Vianney.  Vous le saviez peut-être, moi pas, mais en 1971, ce village du Saguenay a été rayé de la carte en quasi une nuit, suite à un glissement de terrain. Radio-Canada a interrogé des témoins de l’époque au cours d’une émission de Tout le monde en parlait.

On peut aussi retrouver sur le Net un reportage sur 3 villages d’Ontario qui ont été rayés de la carte par les fluctuations économiques, et ces villages ne sont que quelques-uns parmi tant d’autres.

C’est à la fois terrifiant et fascinant de savoir que, même ici au Québec, tout un village peut disparaître en poussière en un rien de temps et je suis sensible à ce qu’ont pu vivre ces gens. Toutefois, ce n’est pas tellement l’appel de la catastrophe qui m’intéresse dans ces villages fantômes, ou ce qu’il en reste, mais tout simplement la trace qu’ils laissent. Ils sont comme des témoins de temps révolus mais non moins vivants.

La petite fille en moi imagine avec émerveillement, et un certain sens du recueillement, que le mur qu’elle touche a été érigé par des gens qui sont passés par là quelques décennies avant elle et que cette pierre ou cette brique est un lien ténu vers eux et leurs histoires.

Et mon petit doigt me dit que je ne suis pas la seule… D’ailleurs, tout un pan du tourisme est basé là-dessus.

Gary Lawrence, sur son blogue de L’Actualité en a relevé quelques-uns l’an dernier. On peut également retrouver le recensement de 50 lieux abandonnés, aux photos assez spectaculaires, sur le blogue de Jet tours.

Il existe aussi des répertoires de lieux abandonnés pour ce qu’on appelle les explorateurs urbains. Un jeu vidéo disponible en ligne, Urbex, s’inspire de cette tendance.

Et vous? En êtes-vous un? Est-ce que ça vous inspire pour l’une de vos prochaines destinations vacances?

Quelques références à propos de villages disparus se trouvent sur mon Pinterest. Partagez vos connaissances avec moi. Je suis toujours curieuse d’en connaître de nouveaux.

Pour explorer le village de Deir-El-Medineh: