Archives pour la catégorie Arts et culture

Cinéma : cherchez la femme

Ce n’est pas la première fois qu’on en parle et ce ne sera pas la dernière, car les choses bougent vraiment trop lentement (en fait, est-ce que ça bouge? Dites-le moi si le mal de mer vous pogne; moi, ça va.). Les réalisatrices sont trop peu nombreuses. Pourquoi? Comme en politique, les raisons sont sûrement multiples et difficiles à cerner. Les Réalisatrices Équitables en ont fait leur cheval de bataille et elles ont bien raison.

Certaines actrices, regroupées au sein de l’Union des Artistes, ont aussi mis cette question de l’avant : moins de rôles principaux pour les femmes au cinéma, et c’est encore pire après 40 ans.

L’équation est simple. Moins de personnages féminins importants parce que moins de femmes créatrices de ces histoires (scénaristes et réalisatrices). C’est compréhensible. On écrit sur ce qu’on connaît le mieux. Les hommes ont donc tendance à donner une figure masculine à leur héros. Et, à mon avis, les personnages secondaires féminins créés par des hommes sont souvent plus « fantasmés » que réalistes. Je ne dis pas que c’est toujours comme ça, je parle d’une tendance. (N’est pas « Mommy » Dolan qui veut.)

D’où la nécessité d’avoir davantage de femmes aux commandes. Pas parce qu’elles sont meilleures. Pas parce qu’elles vont révolutionner le monde du cinéma. Seulement parce que nous aussi, les filles, on a envie d’être bien représentées dans le monde du 7e art.

Tout ça pour vous dire que je m’amuse souvent à analyser les films réalisés et ainsi comparer les réalisateurs et leurs personnages principaux. Faites-le vous aussi, vous allez voir, c’est chaque fois pareil. J’avais envie de partager l’exercice avec vous aujourd’hui.

La SODEC a annoncé son soutien à 12 longs-métrages de fiction pour 2014-2015. Voici ce que ça donne (je n’ai gardé que le début des descriptions pour illustrer mon propos) :

6 h
« En 1955, Tom, 17 ans, en maison de redressement, apprend que son père est condamné à mort pour avoir tué son patron abusif et violent. »
Personnage principal : Tom
Réalisateur : Michel Jetté

BORIS SANS BÉATRICE
« Boris Malinowski, esprit fort, libéral et orgueilleux, a atteint tous ses buts. Depuis un temps, sa femme Béatrice, ministre au gouvernement du Canada, est clouée au lit victime d’une mystérieuse dépression. »
Personnage principal : Boris
Réalisateur : Denis Côté

DESPERADO
« Adrien, un solitaire d’âge mûr, se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment et se fait enlever par Cédric et William, deux jeunes qui se sont sérieusement mis dans le pétrin. »
Personnage principal : Adrien
Réalisateur : Richard Angers

MISSION YÉTI
« Les destins de Nelly Maloye, détective privée débutante, et Simon Picard, assistant de recherche en sciences de l’Université Laval, se croisent accidentellement. »
Deux personnages principaux : Nelly et Simon
Réalisateurs : Pierre Greco et Nancy Florence Savard

Tiens donc… Première apparition d’une héroïne féminine et il y a justement une fille à la création. C’est un film d’animation, mais le rapport est le même.

NITRO RUSH
« Condamné pour le rôle qu’il a joué dans l’homicide involontaire d’un policier, Max apprend que son fils Théo vient d’être recruté par une organisation criminelle. »
Personnage principal : Max
Réalisateur : Alain Desrochers

PAYS
« À 25 ans, Félixe, nouvellement élue au gouvernement fédéral canadien, se voit catapultée à l’Île de Besco pour prendre part à une médiation concernant les ressources minières de ce pays. Émily, une médiatrice de renom aux prises avec des procédures de divorce difficiles, mène celle-ci. Danielle, la première ministre de l’île, tente de gérer la situation tout en s’occupant de sa vie familiale. Une amitié se nouera entre les trois femmes (…). »
Personnages principaux : Félixe, Émily et Danielle (Wow… Trois filles!)
Réalisatrice : Chloé Robichaud (Ah ben, tabarouette… une fille!)

PERDI EN AYITI
« Après avoir connu le sommet, l’animateur de talk-show Marc Morin est à un tournant de sa carrière et de sa vie personnelle. Pour le relancer, son agent lui organise contre son gré un séjour en Haïti, cinq ans après le séisme de 2010, afin d’agir comme porte-parole d’une ONG québécoise qui œuvre là-bas. »
Personnage principal : Marc Morin
Réalisateur : Benoit Pelletier

LE PROBLÈME D’INFILTRATION
« Chirurgien dédié au sort des grands brûlés, époux d’une femme sensible et intelligente, père d’un enfant docile, bricoleur adroit, cuisinier hors pair, Louis Robert vit la perfection jusqu’au jour fatidique où tout se met à se fissurer. »
Personnage principal : Louis Robert
Réalisateur : Robert Morin

LES TROIS P’TITS COCHONS 2
« Nous retrouvons les trois petits cochons cinq ans plus tard, toujours victimes de leur sexualité débordante. »
Personnages principaux : 3 gars
Réalisateur : Jean-François Pouliot

X QUINIENTOS
« X Quinientos nous raconte les histoires d’Alex, Maria et David, trois jeunes migrants du continent américain qui sont chacun confrontés au décès d’un être cher. »
Personnages principaux : Alex, Maria (une fille, youppi!) et David
Réalisateur : Juan Andrés Arango

A WORTHY COMPANION
« Robert Drake est un postier qui vit dans une banlieue nord-américaine. Il est perçu comme un employé modèle, comme un aide-soignant de son frère handicapé, et comme un voisin tranquille. »
Personnage principal : Robert Drake
Réalisateurs : Carlos Sanchez et Jason Sanchez

BIRTHMARKED
« En 1976, Ben Morin et Catherine O’Neal commencent une expérience visant à changer notre compréhension de l’identité humaine. »
Personnages principaux : Ben et Catherine (ah!)
Réalisateur : Emmanuel Hoss-Desmarais

Maintenant, faites le décompte. Une seule réalisatrice sur 12 films (non, 2 réalisatrices, pardon… versus 11 réalisateurs). Combien d’héroïnes?

Je ne reproche absolument pas aux gars d’écrire des rôles de gars. Je constate seulement que si on veut avoir à l’écran davantage de beaux rôles d’avant-plan féminins, il faut que les femmes puissent scénariser et réaliser leurs propres films. Et je me demande comment ça se fait que ce n’est toujours pas le cas. Qu’est-ce qui ne va pas? Pourquoi ça ne bouge pas davantage de ce côté-là? Les filles sont talentueuses aussi, alors ce n’est pas le problème. Et il y en a forcément un. Un tel pourcentage, un tel déséquilibre, ce n’est pas normal.

Expédition Franklin : les naufragés des glaces

Deux navires pris dans les glaces et dont on n’avait jamais retrouvé la trace. Des hommes condamnés à vivre — et à mourir — de faim et de froid, loin des leurs, dans un environnement du bout du monde. L’Erebus et le Terror font partie de la légende et on vient de retrouver l’un deux. L’expédition Franklin va enfin révéler ses derniers secrets.

Expédition Franklin, épave retrouvée

Photo prise par un sonar de Parcs Canada

Je ne sais plus quand j’ai entendu parler pour la première fois des naufrages de cette expédition dans l’Arctique, mais c’est le genre d’histoire qui frappe l’imaginaire. Le mien, en tout cas.

Terreur, Dan SimmonsFascinée par le sort des ces hommes, j’ai donc lu avec beaucoup de plaisir, malgré ses longueurs, le roman de Dan Simmons, Terreur, inspiré de ce qu’on connaissait de cette aventure. Si vous souhaitez en savoir plus, je vous conseille ce livre, fictif bien entendu, mais qui rend bien l’esprit qui devait régner sur ces bateaux. Dan Simmons a même effectué des recherches de terrain, se rendant dans le Grand Nord pour vivre les sensations (le froid et le noir, notamment) qu’il a intégrées au récit.

Il imagine les confidences d’un des commandants, Francis Crozier, qui nous raconte les événements dans son journal : la longue attente, la peur, l’espoir, la maladie, les morts qui surviennent, une à une, dans cet endroit polaire où ils sont isolés et complètement perdus. Ils ont mis beaucoup de temps à quitter les vaisseaux, espérant toujours être rescapés. À bout de provisions, au bout de longs mois de résistance (années même!), ils ont dû se résoudre (du moins, les quelques survivants) à partir à pied sur la terre glacée.

On connaît les grandes lignes de l’histoire, alors je ne vends pas de punch, mais l’immersion est réussie. Dan Simmons arrive à nous faire ressentir de façon réaliste et très crédible ce que ces pauvres marins ont dû vivre. À son habitude, il a rajouté une touche de fantastique, un monstre nordique semblable à un ours géant qui rôde autour d’eux, tel un fantôme, et qui les terrorise. Il incarne l’inconnu, la métaphore de cette peur devant ce milieu qui leur était hostile, car totalement étranger. L’auteur n’oublie pas non plus d’illustrer ce racisme latent qui élevait une barrière entre les marins anglais et les Inuits, ce qui leur a certainement nui, et les a sans doute même condamnés.

La fin imaginée par l’auteur s’étire inutilement (à mon goût, du moins), mais ça n’a pas altéré mes fortes impressions de lecture. Un film pour la télévision, basé sur le roman, est d’ailleurs en préparation.

Sous les étoiles

J’ai aussi lu le livre de Dominique Fortier, Du bon usage des étoiles. On a droit ici à de la bonne littérature, plus largement inspirée du mythe, mais moins collée à la réalité des marins. Ce sont deux romans totalement différents. Pour se mettre dans la peau des hommes, c’est celui de Dan Simmons qu’il faut choisir. Pour se plonger davantage dans la société victorienne, on pourra opter pour le roman de Dominique Fortier.

Ce dernier livre sera d’ailleurs adapté au cinéma par Jean-Marc Vallée, qui est un des amis de l’auteure. Ça fait longtemps que ce projet est dans l’air, mais le réalisateur en a reparlé dans la foulée de l’annonce de la découverte d’un des bateaux, en entrevue avec Stéphane Leclair à la radio.

Cet été, j’ai eu le plaisir d’interviewer Charles Dagneau, un archéologue subaquatique de Parcs Canada. Après l’étude de l’épave de l’Empress of Ireland, il devait joindre l’équipe de recherche du Franklin. Plusieurs expéditions ont eu lieu au fil du temps, sans succès, mais l’équipe espérait découvrir le trésor dans cette nouvelle zone de recherche. Eurêka.

New York, porte vers ma rentrée

Il fait encore beau et chaud, mais avec septembre qui vient d’arriver, les jours qui raccourcissent de plus en plus, des feuilles d’arbres qui s’accumulent sur le sol, et le retour à l’école pour beaucoup de profs et d’élèves, la nostalgie me prend déjà.

Pas de grand voyage pour moi cet été, mais un détour par Kamouraska et Rimouski, et quelques jours à New York pour marquer la fin de la belle saison.

J’ai beau être allée plusieurs fois à New York, je n’ai pas encore tout vu de la grosse pomme. Mission impossible, j’imagine. Ça bouge tellement là-bas.

Et me revoici donc avec quelques points forts de ce séjour… et deux ou trois mots sur ce qu’il me reste à voir! Ça vous inspirera peut-être pour votre prochaine promenade.

High Line, promenade en hauteur

J’y étais déjà allée, mais elle a pris du mieux. Très touffue, arbres inclus, et avec un design qui intègre judicieusement son historique industriel, elle offre une oasis très animée mais rafraîchissante avec vue en plongée sur la rivière Hudson.

Situés dans le Meat Packing District, ces rails surélevés servaient à acheminer la marchandise — principalement de la viande, mais aussi d’autres denrées et produits manufacturés — directement dans les entrepôts du secteur.

Complètement abandonnés en 1980, les rails ont frôlé la démolition, mais des citoyens de Chelsea, le quartier environnant, se sont battus et ont formé un comité de bénévoles qui ont réussi, après plusieurs obstacles et des années d’efforts, à réaliser ce beau projet. Ouvert au public en 2009, il est déjà devenu un incontournable de New York. Encore en évolution, la High Line s’agrandit d’une 3e partie, Rail Yards, entre la 30e et la 34e rue, le 21 septembre prochain.

 

Plunge, bar avec vue

L’hôtel Gansevoort se trouve tout près de l’entrée sud de la High Line. À son sommet, le bar Plunge offre une vue sur la ville et sur l’Hudson qui vaut le détour. La terrasse fait presque tout le tour de l’édifice. Un peu bruyant, mais allez-y quand même pour prendre quelques photos.

Bar Plunge, hôtel Gansevoort, New York

Brooklyn Heights et traversée du pont

Vous pouvez y aller en métro ou en profiter pour traverser à pied le célèbre pont de Brooklyn. La promenade de Brooklyn Heights longe la East River et offre une vue sur le quartier des affaires de Manhattan et sur la statue de la Liberté. Tout près, dans le quartier historique, la rue Montague offre plein de boutiques et de restaurants avec terrasse. Ambiance très agréable, à l’écart des rues surchargées de trafic et des klaxons du centre de New York.

Brooklyn Heights New york

Si vous ne connaissez pas l’histoire de la construction du pont de Brooklyn, ça vaut la peine de vous y attarder :

http://www.histoire.presse.fr/mensuel/68/le-pont-de-brooklyn-et-le-reve-americain-01-06-1984-55093

Tenement Museum

Si vous êtes chanceux, vous me reparlerez de ce musée parce que nous, on en a vu que des bribes, dont un film projeté gratuitement en boutique. Pas moyen d’obtenir un billet le jour même. Donc, je vous conseille d’acheter d’avance votre billet en ligne si vous souhaitez faire cette populaire visite.

Comme toutes les grandes villes, New York a une riche histoire où riches et pauvres se côtoient et où les vagues d’immigration se succèdent. Le Lower East Side, avant de devenir la tendance des dernières années, a été longtemps un quartier surpeuplé et malheureusement dominé par la misère. Habité par les Irlandais, les Juifs allemands, les Russes, les Italiens, et maintenant bordé par le Chinatown, ce quartier en a vu de toutes les couleurs, sans mauvais jeu de mots. À une certaine époque, on entassait les familles dans des endroits minuscules appelés tout simplement les « tenements », avant que des citoyens, inquiets, ou tout simplement indignés, de l’insalubrité dans laquelle devait vivre ces familles, se mobilisent pour que l’État intervienne.

Ce musée fait donc renaître la vie de ces familles, à différentes époques, à l’intérieur de ces murs, et est doublé d’une visite guidée du quartier.

Tenament Museum New York
Petite Italie

Après notre demi-visite, nous en avons profité pour passer par le Chinatown et ce qui reste de la Petite Italie. La rue Mulberry était en partie fermée aux voitures et les touristes avaient envahi les terrasses des restaurants. Nous nous sommes arrêtés au classique Ferrara Café, spécialiste en desserts italiens. À Montréal, nous n’avons rien à leur envier en matière de gelato, mais la leur, au cappucino, était tout de même excellente. L’abondance de leurs desserts au comptoir est hallucinante. Je me promets d’y retourner.

Dee Dee au Blue Note

New York a ses boîtes de jazz mythiques. On a profité du passage de Dee Dee Bridgewater au Blue Note dans le West Village pour y faire un petit tour. Elle était accompagnée du band de Theo Croker dont elle a produit le dernier album. J’aurais aimé entendre davantage de standards jazz de ses anciens albums, mais c’est toute une musicienne (au rire contagieux, d’ailleurs) et on a passé une excellente soirée. Le Blue Note était plein à craquer.

 

 

Le futurisme italien au Guggenheim Museum

Guggenheim MuseumCertainement un des plus beaux bâtiments de New York, ce magnifique musée est parmi les incontournables de la ville.  Cet été, l’exposition temporaire vedette portait sur le futurisme, mouvement artistique et social italien des années 1910 à 1940 environ, que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam, mais que j’ai trouvé fascinant (épeurant mais fascinant). Inspiré du manifeste de Marinetti, il a influencé l’art de la peinture, de la sculpture, la musique, la danse, le cinéma et la photographie, mais aussi le design de meubles, d’objets et de vêtements.

Pris dans le tourbillon de l’évolution technologique, il prônait la vitesse, la machine, l’intensité, la violence, et véhiculait l’utopie de la reconstruction de notre environnement quotidien, même dans l’architecture des maisons. En regardant leurs dessins, on se dit d’ailleurs que le cinéma de science-fiction y a puisé un peu de son imagerie.

Extraits éloquents du manifeste :

« Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité. »

« Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux, tels des serpents à l’haleine explosive… »

« Il n’y a plus de beauté que dans la lutte. Pas de chef-d’œuvre sans un caractère agressif. La poésie doit être un assaut violent contre les forces inconnues, pour les sommer de se coucher devant l’homme. »

Intense, vous dites?

Pour les curieux, la transcription du manifeste en entier se trouve ici :

http://zinclafriche.org/mef/wp-content/uploads/2009/12/manifestefuturismefr.pdf

Empire State Building

Je n’avais encore jamais hissé ma petite personne jusqu’au sommet de ce pourtant très recherché toit du monde… J’ai été impressionnée. La vue est vraiment vertigineuse… Je n’y retournerai pas, mais ça valait le 29 $ d’entrée… surtout un soir pas trop achalandé, ce qui nous a évité des files interminables.

Tchou tchou…

Même si vous ne prenez pas le train, passez par le Grand Central Terminal. Il est possible de faire une visite guidée à l’aide d’une application sur son cellulaire (version française disponible) ou tous les midis auprès d’un guide en chair et en os. Pour prendre de l’avance ou pour rêver à New York en attendant de vous y rendre, l’histoire de la gare et les explications d’une guide vous sont proposés sur le site (en anglais).

Le New York d’Edward Rutherfurd

New York, Edward RutherfurdSi vous avez envie de lire sur New York et que l’anglais ne vous fait pas peur, je vous suggère le roman historique d’Edward Rutherfurd. Pas de la grande littérature, mais tout de même relativement bien écrit et documenté. Sa saga traverse toute l’histoire de la ville, de la période hollandaise jusqu’à la chute des tours. À souhaiter que ce livre soit éventuellement traduit en français.

Dans ma catégorie « À voir quand j’y retournerai »

Trois jours, c’est vite passé. Parmi les choses que je mets sur ma liste pour une prochaine fois:

« Eataly », le complexe de restaurants et boutiques gourmandes italiennes près du Flatiron Building mis sur pied par, entre autres, Mario Batali.

« The Cloisters », cette partie du Musée des Beaux-Arts située à l’extrême nord de l’île dans des monastères du Moyen-Âge.

 

« The Frick Collection », une riche collection d’oeuvres d’art dans une maison bourgeoise du début du 20e siècle. Faute de mieux, on peut visiter, de chez soi, la maison Frick et ses oeuvres, avec description audio (en français).

Frick Collection

Un Télex de Cuba de Rachel Kushner envoûtant

Télex de Cuba, Rachel KushnerEntre 1952 et 1959, Cuba subit de grands bouleversements sociaux et politiques. Du coup d’État fomenté par Batista, à la solde des Américains, jusqu’à la Révolution de Castro, qui les chassera du territoire, l’île a vécu quelques années instables que nous raconte Rachel Kushner dans son Télex de Cuba. L’auteure multiplie les voix pour nous faire vivre ces années de l’intérieur. Comme si on y était, donc. Et c’est plutôt réussi.

Venue de son Tennessee natal, la jeune Everly débarque avec ses parents, d’abord à La Havane, puis à Preston et à Nicaro où son père dirigera une mine de nickel, alors que Batista vient de s’installer au pouvoir. On découvre l’île à travers ses yeux d’enfant, puis d’adolescente. Un regard curieux, ouvert, allumé. On s’attache tout de suite à cette personnalité hors du commun, sensible et déjà affirmée. Rachel Kushner s’est inspirée des souvenirs de ses grands-parents et de l’enfance de sa mère pour écrire ce roman. On devine que la petite Everly fait honneur à l’ombre maternelle.

En contre-chant, on suit aussi le fils d’un dirigeant de la production de canne à sucre, ainsi que plusieurs Américains venus chercher de meilleures conditions de vie à Cuba, mais qui vivent en autarcie dans leur petit monde de Blancs américains dans un système qui les favorisent au détriment des travailleurs locaux.

Et dans les choeurs, les voix d’un trafiquant d’armes français et d’une danseuse et putain cubaine, espionne pour Castro, viennent ponctuer le récit.

La plupart des personnages se croisent, mais parfois sans se connaître, ou alors si peu. Chacun de ces points de vue vient enrichir le portrait global de ces années cubaines.

C’est surtout l’univers des expatriés américains qu’on apprend à connaître, tout en prenant conscience du choc des cultures et des enjeux historiques et sociaux de la révolution cubaine. L’auteure passe par l’intime pour nous faire connaître un pan de la grande Histoire. On en ressort un peu plus savant et avec des parfums et des couleurs plein la tête qui donnent envie d’aller danser la salsa dans les Caraïbes, un daiquiri à la main. Un peu plus et on ressent, nous aussi, la nostalgie de ces années-là et le mal du pays.

Pour voyager un peu, un vidéo sur le Cuba d’aujourd’hui ici. Vous n’apprendrez pas grand chose de l’histoire du pays mais vous en ressentirez l’atmosphère. Visuellement très réussi.

Trois lectures et un gâteau au citron

Les trois récits suivants font partie de la sélection finale du Prix des meilleurs romans de Points 2014, dont l’heureux élu sera nommé en juin, et pour lequel j’agis en tant que jurée.

La singulière tristesse du gâteau au citron, d’Aimee Bender

La singulière tristesse du gâteau au citron, Aimee Bender

La singulière tristesse du gâteau au citron, Aimee Bender

Le plus charmant et original des trois, à mon avis, est cette singulière tristesse du gâteau au citron. Rose a neuf ans lorsqu’elle découvre que le gâteau au citron préparé par sa mère pour son anniversaire goûte littéralement la tristesse et la frustration de celle-ci, femme au foyer qui cherche à s’épanouir. À partir de ce jour, notre héroïne n’arrive plus à se débarrasser de ce don qui ne fait que se raffiner avec le temps. Non seulement ressent-elle toutes les émotions du cuisinier, mais elle peut même deviner la provenance de chacun des aliments d’un mets. Pour ne plus avoir à subir l’assaut émotionnel d’autrui, elle devient adepte d’une alimentation préfabriquée aseptisée, en attendant des jours meilleurs.

Ne vous attendez pas à un récit de genre fantastique. Il s’agit plutôt d’une métaphore (plus près du réalisme magique de Marquez) sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte (du moins, c’est ainsi que je l’interprète) où chacun réagit selon sa personnalité, voit le monde avec un regard neuf (et moins émerveillé!) et doit s’adapter à cette nouvelle vision. Si Rose possède une acuité et une empathie surnaturelle qu’elle trouve lourdes à porter, son frère Joseph, lui, a la faculté de se fondre dans les objets autour de lui afin de disparaître aux yeux de tous. Rafraîchissant, à la fois touchant et plein d’humour.

Promenades avec les hommes, Ann Beattie

Promenades avec les hommes, Ann Beattie

Promenades avec les hommes, Ann Beattie

C’est par une très courte promenade (novella) qu’Ann Beattie nous fait sillonner les sentiers amoureux de sa protagoniste, Jane, pendant la première moitié de sa vie adulte dans Promenades avec les hommes. D’abord en couple avec un jeune musicien recyclé en une sorte de beatnik, elle s’entichera d’un professeur paternaliste et troquera garçon et campagne pour homme mûr et ville. C’est surtout cette dernière union qu’on suit dans le New York des années 80, à travers le regard lucide, sans compromis, d’une femme sur les amours de sa jeunesse.

J’ai apprécié ce portrait d’amoureuse qui ose suivre ses coups de coeur tout en prenant conscience de ses lacunes et de sa faiblesse. Rien n’est immuable, le temps passe, les gens meurent, les relations se font et se défont. Ces fragments d’une vie bien imparfaite, elle les rend avec fluidité et quelques digressions qui nous laissent entrevoir l’ambiance new-yorkaise et les recoins tragiques du destin.

J’ai un bémol pour la finale, une scène avec de nouveaux personnages arrivés de nulle part et qui me semblaient étrangers au récit, mais dans l’ensemble, c’est une histoire qui se lit agréablement.

Pourquoi être heureux quand on peut être normal?, de Jeanette Winterson

Pourquoi être heureux quand on peut être normal?

Pourquoi être heureux quand on peut être normal?

Je ne suis pas fan de l’autofiction. Il faut donc une plume rare et habile pour me captiver. Ça n’a pas été le cas ici, malheureusement, malgré le merveilleux titre, Pourquoi être heureux quand on peut être normal?, qui pique la curiosité. L’écriture n’a rien de transcendant et le récit est jonché d’événements épars de la vie de l’auteure mais qui restent anecdoctiques à mes yeux, même s’ils sont censés tisser la trame d’une vie. Au début du récit, elle effleure la vie des ouvriers en Angleterre dans le dernier siècle, mais le contexte social est vite oublié et l’accent est mis de nouveau sur son histoire personnelle qui, malgré le contexte (celui d’une enfant adoptée), demeure somme toute assez banale.

Elle raconte la névrose de la fille et de la mère, avec, pêle-mêle, un contexte familial étouffant, son sentiment d’abandon, son amour pour la littérature, un brin de féminisme comme fond, un épisode de dépression, quelques réflexions par rapport à l’amour et un rapport mère-fille vraiment très problématique. Ce n’est pas totalement dénué d’intérêt, mais j’avais l’impression d’avoir lu et entendu cette histoire mille fois. J’ai souri à quelques reprises, j’ai été peinée à d’autres, mais l’ensemble ne m’a pas accroché, sauf aux toutes dernières pages, où l’auteure-héroïne narre le récit de ses retrouvailles avec sa mère naturelle. À ce moment, on est enfin dans l’art de raconter une histoire, avec un certain souffle dramatique, et non dans les remous d’un journal intime nombriliste. Tout ça est bien subjectif. Peut-être y trouverez-vous votre compte si vous pouvez, davantage que moi, vous identifier au personnage central.

La Voix, messe dominicale

Eh bien non, je ne m’intéresse pas seulement à l’art numérique et à des films que personne n’a vus. J’aime aussi des affaires ultra populaires. Comme La Voix. Ce sera la grande finale dimanche soir prochain et, comme la moitié de la population majeure et vaccinée du Québec, je serai fidèle au poste. Même si mes préférés sont partis.

La Voix TVA 2014

Site web de La Voix TVA. Les 4 finalistes de La Voix 2014.

Si j’ai eu la curiosité d’y jeter un oeil l’an dernier à cause de la présence de Jean-Pierre Ferland et d’Ariane Moffat, l’amoureuse de musique que je suis y a trouvé son compte grâce à la diversité des genres et des talents et l’accent mis sur la musique avant tout. Et pas trop de formatage. Chacun y a son style et le conserve. On n’essaie pas de faire trop « mainstream ». Et encore une fois, je suis estomaquée de voir et d’entendre à quel point le Québec est bourré de talents. Pour un si petit bassin de population, on a tellement rien à envier à nos voisins.

Le bémol de ce genre d’événements, pour moi, c’est la compétition. La musique, comme n’importe quel autre art, ne se prête pas trop à ce « jeu ». Ce n’est pas du sport, où on peut constater objectivement qui a couru le plus vite. À un certain niveau, ça devient une question de goût et même de chance. Mais pour avoir moi-même participé à des concours, que j’ai parfois perdus et parfois gagnés, je peux dire que la « médaille » à la fin ne compte pas tant que ça. Ça permet avant tout de se confronter à soi-même, ça oblige à se dépasser et c’est aussi une occasion exceptionnelle de faire des rencontres musicales et humaines enrichissantes (et qui perdurent). Personnellement, je n’ai que de bons souvenirs de ces moments. Et, bien sûr, comme j’ai connu ça de l’intérieur, j’ai d’autant plus d’empathie envers les participants. J’ai un énorme respect et une admiration pour TOUS ceux qui osent se présenter sur scène dans un tel contexte.

Les fleurs
La brochette de coachs de cette année est idéale : allumée et qui touche tous les coins d’un large spectre musical. Marc Dupré, Isabelle Boulay, Éric Lapointe et Louis-Jean Cormier se complètent bien et ils ont tous une qualité essentielle pour nous rallier: une grande dose de générosité. La compétition est amicale et ils sont là avant tout pour l’amour de la musique, ça paraît.

Le pot
Je ne sais pas qui s’occupe de leur site web, mais ils inscrivent sur le site les titres des chansons chantées… et le nom de l’interprète original. Aucune trace des auteurs et compositeurs de ces chansons. Je trouve ça vraiment insultant. Pour une émission qui fait la promotion du talent artistique et qui a, quand même un peu, une mission de faire honneur à la musique, ça fait dur. C’est un grand manque de respect pour ces créateurs. Sans auteurs et sans compositeurs : pas de chansons. Ce serait la moindre des choses que de rendre à César ce qui appartient à César.

Faites un voeu
Le mien serait de voir davantage le travail de coulisses. Les répétitions, la création d’une chanson, toutes les étapes par lesquelles il faut passer pour atteindre le summum de la performance au jour J, j’aimerais qu’on en voie plus et je crois que le spectateur en serait gagnant. Un artiste, ce n’est pas un pelleteux de nuages, ça travaille fort. Et si on aime le moindrement la musique, on va aussi aussi être heureux de voir le chemin qui mène au résultat final. On apprendrait plus à assister à ça qu’à entendre des entrevues insignifiantes qui font parfois office de remplissage.

Mon top 3
J’ai fait de belles découvertes cette saison et je ne vais pas tous les nommer car il y en a trop (Véronique Gilbert, Sabrina Paton, Rita Tabbakh, mais il y en a bien d’autres). Si vous n’avez pas suivi l’émission, voici une chance de vous rattraper un peu… Je ne pense pas me tromper en disant qu’on réentendra parler très bientôt de plusieurs d’entre eux mais particulièrement de ces trois artistes.

Marie-Ève Fournier. Cette fille est hallucinante. Elle nous « pitche » son âme dans la face à chaque fois qu’elle chante. Et elle le fait avec nuances, un grand sens musical, une utilisation juste de sa voix qui peut tout faire. On l’a entendu dans des genres assez différents à La Voix et à chaque fois, c’était réussi. J’ai très hâte de la réentendre et j’espère qu’elle trouvera des tounes à sa hauteur.

Élie Dupuis. Un grand interprète, d’une belle sensibilité, qui sait rendre un texte avec émotion ET intelligence.

Shiraz Adham. Partie trop tôt du concours, mais ce n’est qu’une question de temps avant qu’on la revoie sur le devant de la scène. Tout juste 15 ans et elle se démarque déjà par une voix bien à elle et une intériorité plus que touchante.

Grande finale

Parmi les quatre finalistes de dimanche, j’ai un gros faible pour l’apparence zen et la voix unique de Yoan Garneau. Le country n’est pourtant pas ma tasse de thé, mais j’avoue que je suis prête à en écouter un peu plus si c’est sa voix qui le porte. Je l’appelle aussi M. Surprise parce que son look de jeune blondinet ne nous préparait pas à cette voix vibrante.

On ne peut jamais présumer de ce qui va arriver dans une finale, mais on peut quand même parier sans trop de risques que ça se passera entre Yoan Garneau et Renée Wilkin pour l’ultime récompense, car ils ont tous les deux obtenu une cote d’amour pas mal élevée du grand public pendant leurs précédentes performances.

Quoiqu’il advienne, pour chacun d’entre eux, la prochaine étape cruciale sera de bien s’entourer et d’aller chercher un répertoire de qualité qui leur ressemble. Pas une mince affaire, mais il y a tant de bons créateurs au Québec… les cartes sont sur la table.

Qui a peur de l’art numérique?

Du 1er mai au 19 juin, ce sera la 2e Biennale internationale d’art numérique. C’est le temps de sortir de votre zone de confort!

Les événements et expositions se dérouleront dans différents lieux de Montréal. Vous aurez l’embarras du choix parmi 40 projets artistiques.

Immersion dans la beauté, avec INFINITY III, de HeeWon Lee:

Réflexion écologique, avec Power 2, de Robyn Moody:

Incursion dans l’univers de Michel Lemieux et Victor Pilon:

Ou toute autre installation ou performance qui vous parle. Explorez! Toute la programmation se trouve sur le site de la Biennale.

Jutra 2014 : jurée imaginaire pour la fête du cinéma québécois

Dans une semaine aura lieu la Soirée des Jutra qui célèbre le cinéma québécois. Ce n’est pas un secret que je suis friande d’art et que j’ai un penchant chauviniste et assumé pour tous les créateurs québécois… Malgré quelques bémols, je trouve mon compte dans bon nombre de films québécois et j’ai toujours plaisir à découvrir ou redécouvrir des acteurs talentueux ou la vision particulière d’un auteur de chez nous.

Pour une fois, j’ai vu tous les films en nomination dans les catégories vedettes, alors j’ai envie de m’amuser un peu et de partager, non pas mes prédictions, mais ma propre sélection. Et ceux que j’ai aimés ne sont pas toujours ceux dont on a le plus parlé. Ce petit palmarès personnel est aussi une façon de mettre en lumière quelques coups de coeur et, qui sait, de vous donner peut-être envie d’en découvrir à votre tour.

Amusons-nous donc à « Si j’étais jurée ».

Mon choix du meilleur film et de la meilleure réalisation va, sans hésitation, à Sébastien Pilote et à son film Le démantèlement, qui est pour moi une coche au-dessus des autres. Ça tient pour beaucoup au jeu de Gabriel Arcand, bien sûr, mais aussi à la maîtrise du réalisateur dans sa construction du récit, à l’économie de dialogues qui font toujours sens, à ces plans d’ensemble de paysages à couper le souffle, à ces gros plans qui vont chercher les nuances et l’intériorité du jeu, et au sujet lui-même, traité avec sensibilité et intelligence. Ça nous raconte à la fois le déclin de notre agriculture et son manque de relève, et à la fois le drame personnel d’un père de plus en plus isolé par ce mode de vie et qui doit faire un choix déchirant.

Deux mentions spéciales dans cette catégorie. L’une va à Catimini, film imparfait mais très touchant et bien joué par de très jeunes comédiennes. On partage un moment de la vie de quatre fillettes et adolescentes d’âges différents, qui ont en commun d’avoir connu la vie en famille d’accueil. La réalisatrice Nathalie Saint-Pierre traite avec sensibilité d’un sujet peu vu au cinéma en mettant le focus sur les problèmes d’attachement causés par ce système. Mon seul bémol porte sur la finale que j’ai trouvé un peu bancale, mais j’ai beaucoup aimé l’ensemble du film.

Ma deuxième mention va à Diego Star (et au réalisateur Frédérick Pelletier). Cette histoire de matelot étranger, paralysé à Lévis, et dont la vie s’enlise de plus en plus dans les glaces du Saint-Laurent, m’a intéressée et tenue en haleine tout le long… jusqu’à sa finale frustrante.

Je donnerais le trophée du meilleur scénario à Martin Laroche pour Les manèges humains. Sujet très sensible (l’excision) traité avec justesse et une grande délicatesse. Ça surprend d’autant plus que c’est écrit par un homme. Il n’y a pas sujet plus « féminin » que ça et il arrive à bien nous faire comprendre le drame de son personnage principal et les complexités de ce qu’elle peut ressentir en tant que femme. Le réalisateur a consulté un médecin spécialiste de la question qui lui a décrit à la fois les dommages physiques mais aussi psychologiques qui peuvent survenir. Le réalisme est renforcé par des dialogues qui ont la spontanéité de l’improvisation même si les répliques font toutes déjà partie du script. Chapeau!

Meilleure actrice dans un premier rôle… Ouf, pas facile de trancher dans cette catégorie. Souvent, on a du mal à trouver des rôles féminins d’avant-plan intéressants, mais cette année, les rôles forts abondent et sont tous joués avec grand talent. Pierrette Robitaille est dans un contre-emploi rare dans Vic + Flo ont vu un ours (et c’est possible que le jury final penche pour elle), mais j’ai un gros faible pour Lise Castonguay dans son rôle d’une libraire qui se bat avec la schizophrénie dans Triptyque. Mon vote irait pour elle.

Dans la catégorie du meilleur acteur dans un premier rôle, mon vote va à Gabriel Arcand malgré la compétition relevée. Encore une fois, il donne une performance d’acteur sensible et nuancée dans un film fort réussi.

Pour la meilleure actrice de soutien, Marie Brassard l’emporte à mes yeux pour son rôle de composition dans Vic + Flo ont vu un ours. Cette actrice reçoit souvent en cadeau des rôles typés qu’elle réussit à rendre sans tomber dans la caricature et c’est un petit bonheur de la voir aller, dans le rire comme dans la détestation. Mention spéciale tout de même à Frédérique Paré, découverte dans Catimini.

Comme meilleur acteur de soutien, je décerne une mention spéciale à Normand Daoust, acteur chevronné découvert dans Les manèges humains, mais je donnerais la statuette à Gilles Renaud pour son personnage attachant et juste assez coloré de Louis, l’ami fidèle, dans Le démantèlement.

Bon gala!

Qu’est-ce qu’on a fait de nos rêves? de Jennifer Egan : le mouvement du temps

Qu'est-ce qu'on a fait de nos rêves? de Jennifer Egan

Qu’est-ce qu’on a fait de nos rêves? de Jennifer Egan

Tout bouge et rien ne se passe exactement comme on l’avait prévu. Jennifer Egan nous invite au bal du temps dans son roman « Qu’est-ce qu’on a fait de nos rêves? », prix Pulitzer 2011. Danseurs talentueux ou maladroits, parfois chanceux, parfois pas, ses personnages se frôlent, s’entrecroisent, se choisissent ou se saluent le temps de quelques pas. Ils évoluent comme ils peuvent sur une piste accidentée, s’enfargent, se relèvent, prennent des pauses avant de reprendre leur élan. Et c’est comme ça, presque à leur insu, que le temps file et que leur vie se chorégraphie.

Le titre traduit évoque une certaine nostalgie, mais il n’est pas tant question ici de rêves perdus que de la vie qui est mouvement constant. Pour survivre, nous sommes obligés d’apprendre à valser avec une certaine souplesse. Le titre original, « A Visit from the Goon Squad », qui signifie une visite des « gros bras » payés pour intimider les grévistes ou l’adversaire, est d’ailleurs une métaphore de cet élément imposant qu’est le temps, qui vient se mettre en travers de nos routes pour faire dévier notre trajectoire, parfois brutalement.

Jennifer Egan nous dépeint ses personnages à travers une narration non linéaire à plusieurs voix qui nous laisse entrevoir plus nettement ce lien ténu entre les êtres et les événements, qui, tous, influencent le cours des choses dans le tourbillon des années. Ces récits multiples se lisent comme de courtes nouvelles mais forment un grand tout.

Ainsi, Sasha, une kleptomane new-yorkaise dans la mi-trentaine, partira ce bal. On la rencontre peu après 2001, à un moment flottant de sa vie, alors qu’elle vient de voler un portefeuille en présence d’Alex, une aventure d’un soir. Elle consulte un psy et est en période de remise en question entre un passé tumultueux et un avenir plus serein, qui nous seront racontés plus tard dans le roman à travers les yeux de son oncle Ted et de sa fille Alison.

Au second chapitre, Sasha est reléguée au second plan et on fait la connaissance de Bennie quelques années plus tôt. Producteur de musique et patron de Sasha, il traverse lui aussi une période trouble, de déroute et d’angoisse (il avale de la poudre d’or pour remédier à son problème d’impuissance sexuelle et utilise des pesticides pour détruire le poil de ses aisselles!).

Et ainsi, de chapitre en chapitre, on plonge parfois dans les années 80, parfois au début des années 2000 ou plus tard. On suit tour à tour des membres de l’ancien groupe punk de Bennie ou un des personnages qui a croisé son chemin ou celui de Sasha.

La vie est mouvement et chaos, dira l’un des personnages. Dans ce magma d’histoires, l’auteure trace une ligne fine pour ordonner un peu ce chaos, mais son récit exige du lecteur un certain effort d’attention pour suivre les protagonistes du récit, qui, de personnages très secondaires dans certains chapitres, deviennent le personnage principal dans un autre. Parfois, c’est nécessaire de revenir vers l’arrière pour se rafraîchir la mémoire, mais chacun de ces bouts de vie m’a captivé et j’ai pris plaisir à resituer les différents individus d’une histoire à l’autre. À la fois colorés et semblables à chacun de nous, ces êtres prennent ancrage dans un monde très contemporain qui est le nôtre et qui progresse à une vitesse folle.

On terminera cette traversée dans le futur à l’emplacement des tours tombées du World Trade Center, lors d’un spectacle-événement organisé par un Bennie dans la soixantaine, aidé par Alex, l’aventure d’un soir de jadis de Sasha. La boucle est bouclée, même si on sait que la ronde va inévitablement reprendre. Rien ne se passe exactement comme prévu mais tout est possible. Le temps est un gorille sans scrupules, mais il ne faut surtout pas se laisser intimider.

Qu’est-ce qu’on a fait de nos rêves? de Jennifer Egan, finaliste au prix du meilleur roman 2014 des lecteurs de Points.

Rêves oubliés, de Léonor de Récondo

 oubliés, Léonor de RécondoChassée par les franquistes, la famille d’Aïta et d’Ama devra se réinventer une vie d’exil où la nostalgie n’a pas sa place. L’auteure Léonor de Récondo raconte ces rêves oubliés par petites touches. On s’immisce dans la vie de cette famille comme un oiseau qui espionne à la fenêtre et, de temps en temps, se penche par-dessus l’épaule de la courageuse héroïne pour voler des bribes de son journal intime.

Dans l’ombre d’une guerre civile espagnole, dont on parlera peu, puis de la Seconde Guerre mondiale, dans une France occupée par les Allemands, le clan tissera des liens solides, renforcés par l’adversité. Le besoin d’appartenance à sa famille prend une importance considérable sur une Terre où tous vous considèrent comme des étrangers.

C’est de ce lien fort dont il est surtout question dans ce court récit, mais aussi de l’histoire d’amour d’Ama et Aïda, un amour jamais remis en question et qui s’enracine dans les aléas d’un quotidien peu reposant. Les grands et petits drames se vivent de la même façon, ancrés dans un présent sans fioritures, et dont on goûte chaque instant parce qu’on ne sait pas de quoi le futur sera fait. Et parce que si le passé laisse des traces, on ne peut s’accorder le luxe de s’y complaire.

Sans être inoubliables, ces Rêves oubliés de Léonor de Récondo nous font vivre avec justesse et sensibilité la douleur de l’exil, l’importance du temps présent, et le rempart au malheur que peut être le clan familial.