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À la recherche du Royaume

CC MatthiasKabel Wikimedia

CC MatthiasKabel Wikimedia

Qu’est-ce que c’est, ce fameux Royaume tant promis dans la chrétienté? C’est à cette question que tente de répondre le récit d’Emmanuel Carrère, même si, de bonne réponse, il n’y en a sûrement pas qu’une seule. Mais c’est cette quête historico-philosophique qui guide la plume de l’auteur à travers cette brique de plus de 600 pages, melting-pot d’éléments biographiques, d’analyse théologique et de fiction.

Drôle d’objet, donc, que ce Royaume. Ai-je aimé? En fin de compte, oui. Mais, pas tout. Et j’ai eu besoin de beaucoup de persévérance.

Le Royaume Emmanuel Carrère

Le Royaume, Emmanuel Carrère

Je me serais passée des 142 premières pages, qui m’ont fait bâiller. Il y est question de l’auteur, de sa conversion temporaire au christianisme (ça a duré trois ans, je crois — depuis, il est redevenu athée, ou du moins agnostique), de sa vie à l’époque et de sa démarche. Aucun intérêt pour moi. Si j’ai poursuivi la lecture, c’est uniquement parce que le sujet me rendait très curieuse et parce qu’Emmanuel Carrère est un écrivain que j’aime beaucoup.

À partir de la page 143, on entre enfin dans le vif du sujet, l’histoire des débuts du christianisme, et ça devient plus accrocheur. Cette histoire, il nous la raconte en axant sur le personnage de Paul, mais aussi sur celui de Luc, un des quatre évangélistes du Nouveau Testament. On y croise aussi d’autres personnages historiques, mais qui deviennent ici des figures secondaires, dont le frère de Jésus et d’anciens disciples, le plus souvent en conflit avec le fameux Paul. Tout ça, sur fond d’Histoire, car Emmanuel Carrère met tout en contexte. Il s’avère que ces temps étaient politiquement très troublés et, franchement, les dictateurs et terroristes de l’époque n’avaient rien à envier à la nôtre en terme de cruauté. Par moments, c’est la terreur avec un grand T.

Il y est question des Sicaires, ces radicaux juifs qui tuaient d’un coup de poignard au milieu de la foule des Romains et leurs sympathisants, et de la rébellion juive contre les Romains qui s’est terminée par le siège de Jérusalem en 70 et la destruction du Temple. L’auteur évoque aussi le massacre des chrétiens par Néron après l’incendie de Rome en 64.

Très documenté, Emmanuel Carrère se base sur une analyse rigoureuse de tous les textes existants, que ce soit ceux de la Bible ou ceux d’historiens ou d’analystes. Toutefois, on ne peut pas qualifier ça d’essai ou de biographie, car en bon romancier, il comble les trous avec ses interprétations (mais prend bien soin de nous en aviser). Il imagine ce qu’a pu être le caractère des personnages et comment a pu se dérouler l’histoire, spéculant sur ce qui est probablement vrai… ou pas.

Notre civilisation est tellement imprégnée de christianisme que cette démarche donne un éclairage pertinent sur ce qui anime notre culture et, surtout, sur sa bougie d’allumage. Ça demeure le récit assez extraordinaire d’un homme hors du commun (bien que difficile à cerner avec justesse) et d’une poignée de ses disciples sans le sou, persécutés et sans grande crédibilité auprès de la masse… dont le mouvement, simple secte au départ, a fini par influencer toute la civilisation occidentale.

Si le mystère demeure à la fin du livre (malgré des pistes possibles), j’ai tout de même été touchée par cette quête d’Emmanuel Carrère et par l’enseignement qu’il tente d’en tirer. J’ai appris beaucoup de détails historiques, j’ai été horrifiée par certains événements, j’ai souri devant certaines histoires invraisemblables, mais j’ai aussi réfléchi et médité sur la profondeur et la complexité de toute cette quête de sens qui relie (et divise!) l’humanité.

Sur la trace d’Agatha Christie en Mésopotamie

Elle aurait pu se contenter d’écrire des romans (plus d’une soixantaine, sans compter nouvelles et pièces de théâtre), mais Agatha Christie était une insatiable curieuse et touche-à-tout : décoratrice, pianiste, infirmière, pharmacienne, photographe, vidéaste, réparatrice habile d’artefacts… Elle a eu mille vies. Tout ce qu’elle touchait, et toutes les personnalités qu’elle rencontrait, étaient sources d’inspiration pour ses histoires.

La reine du whodunnit (Qui a fait ça? Qui a tué?) sera en vedette jusqu’en avril à Pointe-à-Callière. Comme tout le monde, je connaissais l’auteure et quelques-unes de ses histoires les plus célèbres. Miss Marple et, plus encore, Poirot, sont entrés dans l’imaginaire collectif. Si on n’a jamais lu ses livres, on a au moins vu une des nombreuses adaptations de ses romans. Je ne connaissais toutefois que des bribes de sa vie et j’ai été fascinée par la dame tout au long de cette exposition.

C’est d’ailleurs moins une exposition sur une période en particulier de l’Histoire qu’une initiation au travail d’archéologue et une mise en lumière de l’apport d’Agatha Christie à ce domaine. Grande voyageuse, habitée par une grande soif d’apprendre, elle est partie vers Ur (ville antique d’Irak) par le train de l’Orient-Express pour soigner une peine d’amour. Et c’est à Ur que celle qui n’aimait pas du tout les histoires d’amour dans les intrigues policières a rencontré son second mari, Max Mallowan, avec qui elle a partagé cette passion pour l’archéologie pendant de nombreuses années.

Elle ne faisait pas qu’accompagner son mari sur les champs de fouille, mais elle participait activement à la restauration des oeuvres et à la documentation de la recherche par la photo et la vidéo. (Débrouillarde, elle avait découvert que sa crème de beauté était d’une grande efficacité pour nettoyer sans les abîmer les artefacts d’ivoire, eh oui!) Elle a même financé des fouilles avec les revenus de ses romans.

Inversement, cette partie de sa vie, d’archéologue et de voyageuse, a inspiré plusieurs de ses romans : « Meurtre en Mésopotamie », « Rendez-vous avec la mort », « Mort sur le Nil ». Observatrice, elle se servait de tout ce qu’elle apprenait au quotidien pour nourrir ses intrigues.

Tous les amateurs de polars et du travail de l’auteure seront intéressés par le parcours de l’exposition qui nous résume à la fois sa vie et son oeuvre, et fait les liens entre l’une et l’autre.

Les Aztèques au musée

Il est bon parfois de se rappeler qu’on n’a pas inventé le bouton à quatre trous. Je suis retournée voir l’exposition des Aztèques qui se termine en fin de semaine (26 octobre) à Pointe-à-Callière. C’est votre dernière chance si vous avez envie de vous plonger dans cet univers mexicain d’avant la conquête espagnole.

Templo Mayor

Bâti sur le site actuel de Mexico, le Templo Mayor est au coeur de la cité aztèque Tenochtitlan. Un musée archéologique s’élève actuellement au-dessus des ruines de ce temple et ils ont prêté une partie de leur collection au musée Pointe-à-Callière.  De nombreux objets d’art (sculptures, bijoux, poteries, masques) font partie de l’exposition. Certaines sculptures sont immenses et franchement impressionnantes.

Sacrifices

La mort est très présente dans leur culture et paraît un peu macabre à notre civilisation occidentale aseptisée, mais elle n’était rien d’autre qu’une facette complémentaire de la vie, comme le sont le yin et le yang chez les Orientaux. La nuit n’existe pas sans le jour, le soleil sans la pluie, la vie sans la mort.

Pour cette raison, les Aztèques pratiquaient le sacrifice humain quotidien. Pour beaucoup de sacrifiés, cette mort était enviable. Tant qu’à mourir de quequ’chose, se disaient-ils… Bon, moi, je préférerais passer mon tour, personnellement, mais pour eux, se faire arracher le coeur et le donner aux dieux, c’était permettre à la vie de suivre son cours, donner son sang pour repousser la fin du monde et vivre comblé pour l’éternité.

Ça a bien fonctionné jusqu’à l’arrivée des Espagnols.

Chinampas

Ce peuple était franchement ingénieux et la civilisation aztèque n’avait rien à envier aux peuples européens dans bien des domaines : éducation, ingénierie, agriculture, arts. Si leurs débuts à Tenochtlitlan, une île entourée d’un marais, ont été difficiles, ils se sont vite adaptés à leur environnement, construisant des temples et une ville entière sur pilotis, érigeant des digues et des canaux pour faire descendre l’eau des montagnes, et créant un système agraire très efficace. Les chinampas étaient des îlots artificiels construits à l’aide de pilotis et de fonds de roseaux tressés sur lesquels on plaçait des couches de sédiments des marais. Sur ce sol riche, on pouvait obtenir jusqu’à 7 récoltes de légumes, de maïs et de fleurs par année. Ce système existe toujours sur le site de Xochimilco mis en valeur et protégé par l’UNESCO.

Écriture

Les Aztèques possédaient leur propre système d’écriture, sous forme de pictogrammes et d’idéogrammes. Si beaucoup des codex (livres de cette époque) ont été détruits par les Espagnols, on en a retrouvé suffisamment pour pouvoir en apprendre davantage sur cette culture, ses moeurs et ses légendes. Plusieurs codex font partie de l’exposition.

Cortés

À l’arrivée des Espagnols, au XVIe siècle, la ville comptait environ 200 000 habitants, plus que la plupart des villes européennes de l’époque. Les Européens seront à la fois fascinés par la civilisation aztèque et horrifiés par certaines pratiques, mais surtout attirés par leur or. Malgré leur infériorité en nombre de soldats, les armées d’Hernan Cortés anéantiront la civilisation aztèque et détruiront Templo Mayor, aidées par leurs armes, par la petite vérole, les superstitions aztèques (qui craignaient la fin du 5e soleil et prenaient les Espagnols pour des dieux) et par les peuples conquis environnants, révoltés contre le pouvoir aztèque tout-puissant.

Les Aztèques
Musée Pointe-à-Callière
Jusqu’au 26 octobre

Barcelone, voyage éclair

Séjour à Barcelone cet été. Une courte semaine. Une première. Et j’y retournerais bien…

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C’était un mois avant l’élection référendaire en Catalogne. On s’attendait à des pancartes partout, comme chez nous. Mais non… Pas de «oui», pas de «non», pas de grosse face de personne. Pas de manifestation, non plus. Que des drapeaux aux fenêtres. Étoilés et rayés avec parfois un triangle jaune, parfois un triangle bleu, mais tous prônant le caractère distinct de la nation catalane.

Moins d’effervescence indépendantiste visible dans les rues que prévu, donc… Mais tant de choses à voir en si peu de temps, c’est presque cruel.

L’hôtel était situé dans l’Eixample, un quartier vraiment agréable, tout près des chefs-d’oeuvres modernistes, un peu au Nord de la vieille ville historique (vieille ville pleine de charme aux rues très étroites mais beaucoup plus bruyante et bondée, disons-le).

Je n’ai pas été déçue souvent pendant ce voyage. Tout, ou presque, était à la hauteur des attentes.

Voici mes meilleures impressions pour les futurs voyageurs.

Miro

Le musée de la Fondation Miro en est certainement un qui vaut le détour. Consacré à l’artiste catalan, il expose une bonne partie de ses sculptures et toiles. Si vous aimez déjà cet artiste, vous serez heureux. Si vous ne le connaissez pas, c’est une belle occasion de vous initier. Joan Miro a eu ses périodes sombres, mais malgré tout, son oeuvre est généralement très ludique.

Le lieu ne gâche rien. Aéré, épuré, et situé sur le Montjuic avec une belle vue sur la ville. En prime, le restaurant du musée offre un menu de qualité, à prix raisonnable, avec service aux tables dans un décor fort agréable. Vous avez le choix entre une terrasse en cour intérieure ou une table à l’intérieur avec vue sur les arbres.

Picasso

Picasso a vécu sa jeunesse à Barcelone et ce sont ces années-là, ses premières armes, qui sont mises en valeur au musée Picasso. Pas d’oeuvre majeure, donc, mais bien sûr, c’est Picasso… L’office du tourisme de Barcelone offre un tour guidé à pied dans les rues de la vieille ville, passant par différents endroits fréquentés par l’artiste, et se termine par une visite du musée. Tout ça en français, svp. La réussite de ces tours dépend beaucoup du guide, et la nôtre (une étudiante en histoire de l’art) était parfaite (malheureusement, j’ai oublié son nom!). Nous avons donc pu connaître une partie de l’histoire de la ville à travers celle de Picasso et voir les lieux qui ont influencé son oeuvre.

Palais de la musique catalane

Parmi les édifices à visiter, le  Palais de la musique m’apparaît incontournable. Conçu par l’architecte Lluis Demènech i Montane, il est spectaculaire. Allez y entendre un concert ou participez à une visite guidée (il y en a en français).

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Bémols

Faisons un détour tout de suite par les bémols avant de poursuivre. Évitez le Poble Espanyol. Ce village artificiel ne vaut pas le prix d’entrée. Gardez votre temps et votre argent pour toutes les splendeurs que Barcelone a à offrir.

Enlevons aussi quelques points aux administrateurs de la cathédrale gothique. Elle est impressionnante, mais je ne sais pas qui a eu l’idée de génie de la garnir de lampions électriques et, pire, d’orner plusieurs piliers d’écrans numériques. Pour un monument de cette époque, c’est presque un péché capital.

Gaudi

On ne peut pas mettre les pieds à Barcelone sans admirer l’oeuvre de Gaudi, qui donne à cette ville sa couleur si particulière. Il n’est pas le seul en cause (la période moderniste, dont il fait partie, a généré de nombreux édifices spectaculaires) mais c’est Gaudi qui a le plus marqué la ville.

Quelques mots pour ceux qui ne le connaissent pas bien: Antoni Gaudi est un architecte catalan du 19e siècle, mort en 1926, avec une signature vraiment unique. Entre autres, il était très influencé par la nature et n’aimait pas les lignes droites qui, disait-il, n’existent pas dans le monde biologique.

Plusieurs de ses oeuvres font partie du patrimoine mondial inscrit à l’UNESCO.

Sagrada Familia

Son oeuvre la plus monumentale est la Sagrada Familia (Sainte famille), basilique dont la construction a été commencée en 1883 et est toujours inachevée. On prévoit la terminer en 2026.

J’ai été surprise en franchissant le seuil. L’intérieur impressionne mais m’a paru épuré comparativement à l’extérieur et à d’autres de ses créations. Le blanc domine et ce sont les jeux de lumière à travers les vitraux qui dessinent le décor en mouvement selon l’heure du jour. J’ai tenté de prendre des photos, puis j’ai abandonné, car ça ne rendait pas bien la réalité. Il faut y être.

Avis à tous, accommodement raisonnable ici : on ne tolère pas les chapeaux à l’intérieur, par respect pour ce lieu de culte, disent-ils.

Casa Batllo

L’un de ses édifices les plus connus et très visité, la casa Batllo a été construit en 1906. Il est situé dans le quartier l’Eixample comme beaucoup des immeubles modernistes. Gaudi a beaucoup utilisé la technique du trencadis (mosaïque de céramique, pratique pour recouvrir les formes arrondies).

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Palais Güell

Je suggère aussi le palais Güell, première habitation qu’il a conçue pour Eusebi Güell. Très différent de la Casa Batllo mais tout aussi magnifique. Vous pouvez en faire une visite virtuelle sur leur site web.

Parc Güell

Ce parc fait aussi partie de la série Gaudi que je recommande. On peut aller s’y promener gratuitement.Toutefois, certaines zones du parc, et certains édifices, ont un prix d’entrée. Prévoyez un peu de temps devant vous. Nous n’avons pas pu visiter le coeur du parc, faute de billets disponibles au moment de notre visite, et à cause d’un horaire chargé.

La Pedrera (ou Casa Mila)

La Pedrera, autre signature de Gaudi, vaut la peine d’être vue de près de l’extérieur. Toutefois, si vous devez faire une sélection (pour épargner temps et argent, car il y a tant à voir dans cette ville!), vous pouvez laisser tomber la visite intérieure payante, car hormis le toit, l’intérieur de La Pedrera est moins spectaculaire que les autres édifices de l’architecte (à moins d’être passionné d’architecture). Mais, bon, si vous y tenez, ça demeure du Gaudi, jamais banal.

Observatoire Fabra et souper sous les étoiles

Rien à voir avec Gaudi, mais si vous avez envie de sortir un peu du circuit touristique, pensez à un souper sous les étoiles au mont Tibidabo à l’extérieur de l’observatoire astronomique Fabra. Repas gastronomique, service de qualité, vue imprenable sur Barcelone et visite.

Comme nous étions les deux seuls «touristes» (ne parlant ni castillan ni catalan), nous avons eu droit à une visite privée pour deux. Les étoiles étaient discrètes (la faute aux lumières de la ville), mais nous avons eu le privilège de voir de près la lune presque pleine avec ses cratères, à travers le téléscope géant.

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En extra, pendant que j’observais la vue, moi, la Nord-Américaine, j’ai eu droit à mes premiers sangliers «live», les petits et leur maman.

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À la fin de la visite, ils se sont occupés de nous appeler un taxi (prévoyez une bonne demie-heure de taxi jusqu’au coeur de la ville). Quand je dis «ils», je parle des organisateurs de la soirée, bien sûr, et non des repas préférés d’Obélix, hum… 

Sangria, expressos et cocktails

Si j’ai un regret, c’est de ne pas avoir eu assez de temps pour le farniente, mais je peux quand même vous recommander le Quinze Nits, sur la Plaça Reial, pour les tapas copieux, bons et à bon prix et pour l’excellente sangria.

Barcelone regorge de cafés. Dans l’Eixample, il y a des terrasses tout le long de la Rambla (animée, mais beaucoup moins que vers le sud dans la vieille ville où c’est non seulement bondé, mais où ça devient plutôt des kiosques de glin-glin pour les touristes). C’est donc facile de trouver un endroit bien pour se sustenter (avertissement: partout, on paie le pain et l’eau). Un peu à l’écart de l’autoroute pour touristes, on trouve aussi chaussure à son pied, comme le bistrot Café Emma, ou encore Épicerie, un chouette café (eh oui) tenu par une Française (mais les employés parlent surtout castillan ou catalan et un peu l’anglais). On l’avait adopté pour nos matins. Dans la plupart de ces cafés, ou dans les restos pour le déjeuner, on trouve des mini-sandwichs avec jambon ibérique, une spécialité de la place. Et oubliez le café filtre, bien sûr. C’est expresso ou café americano.

Le café Épicerie à Barcelone

Le café Épicerie à Barcelone

Si vous n’avez pas trop le vertige, faites un petit tour aussi au bar Éclipse juché au dernier étage de l’hôtel W, situé sur un bras de terre qui avance dans la Méditerranée. Difficile de faire mieux pour se perdre dans l’horizon bleu.

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Lectures barcelonaises

confiteor_100Deux romans espagnols m’ont accompagnée avant et pendant le voyage. Le premier est traduit du catalan et raconte l’histoire de la Catalogne en parallèle à la vie d’un homme. Au passage, ça parle du bien et du mal, de l’art et de la beauté autant que de la cruauté, deux facettes indissociables de l’être humain. Un livre «costaud» (vraiment pas une lecture de plage) mais excellent. Je ne le conseille pas à tout le monde mais au moins à tous les grands lecteurs. Confiteor, de Jaume Cabré.

barcelona_polet_100Le second se lit comme du bonbon, mais n’en demeure pas moins très bien écrit. Dans le Barcelone contemporain, plusieurs destins s’entrecroisent, questionnant la vie et dépeignant la société espagnole, avec le débat sur l’indépendance en toile de fonds. Cet écrivain belge vivant à Barcelone nous promène d’un quartier à l’autre sur les pas des personnages, redoublant le plaisir du voyageur. Barcelona!, de Grégoire Polet.

Expédition Franklin : les naufragés des glaces

Deux navires pris dans les glaces et dont on n’avait jamais retrouvé la trace. Des hommes condamnés à vivre — et à mourir — de faim et de froid, loin des leurs, dans un environnement du bout du monde. L’Erebus et le Terror font partie de la légende et on vient de retrouver l’un deux. L’expédition Franklin va enfin révéler ses derniers secrets.

Expédition Franklin, épave retrouvée

Photo prise par un sonar de Parcs Canada

Je ne sais plus quand j’ai entendu parler pour la première fois des naufrages de cette expédition dans l’Arctique, mais c’est le genre d’histoire qui frappe l’imaginaire. Le mien, en tout cas.

Terreur, Dan SimmonsFascinée par le sort des ces hommes, j’ai donc lu avec beaucoup de plaisir, malgré ses longueurs, le roman de Dan Simmons, Terreur, inspiré de ce qu’on connaissait de cette aventure. Si vous souhaitez en savoir plus, je vous conseille ce livre, fictif bien entendu, mais qui rend bien l’esprit qui devait régner sur ces bateaux. Dan Simmons a même effectué des recherches de terrain, se rendant dans le Grand Nord pour vivre les sensations (le froid et le noir, notamment) qu’il a intégrées au récit.

Il imagine les confidences d’un des commandants, Francis Crozier, qui nous raconte les événements dans son journal : la longue attente, la peur, l’espoir, la maladie, les morts qui surviennent, une à une, dans cet endroit polaire où ils sont isolés et complètement perdus. Ils ont mis beaucoup de temps à quitter les vaisseaux, espérant toujours être rescapés. À bout de provisions, au bout de longs mois de résistance (années même!), ils ont dû se résoudre (du moins, les quelques survivants) à partir à pied sur la terre glacée.

On connaît les grandes lignes de l’histoire, alors je ne vends pas de punch, mais l’immersion est réussie. Dan Simmons arrive à nous faire ressentir de façon réaliste et très crédible ce que ces pauvres marins ont dû vivre. À son habitude, il a rajouté une touche de fantastique, un monstre nordique semblable à un ours géant qui rôde autour d’eux, tel un fantôme, et qui les terrorise. Il incarne l’inconnu, la métaphore de cette peur devant ce milieu qui leur était hostile, car totalement étranger. L’auteur n’oublie pas non plus d’illustrer ce racisme latent qui élevait une barrière entre les marins anglais et les Inuits, ce qui leur a certainement nui, et les a sans doute même condamnés.

La fin imaginée par l’auteur s’étire inutilement (à mon goût, du moins), mais ça n’a pas altéré mes fortes impressions de lecture. Un film pour la télévision, basé sur le roman, est d’ailleurs en préparation.

Sous les étoiles

J’ai aussi lu le livre de Dominique Fortier, Du bon usage des étoiles. On a droit ici à de la bonne littérature, plus largement inspirée du mythe, mais moins collée à la réalité des marins. Ce sont deux romans totalement différents. Pour se mettre dans la peau des hommes, c’est celui de Dan Simmons qu’il faut choisir. Pour se plonger davantage dans la société victorienne, on pourra opter pour le roman de Dominique Fortier.

Ce dernier livre sera d’ailleurs adapté au cinéma par Jean-Marc Vallée, qui est un des amis de l’auteure. Ça fait longtemps que ce projet est dans l’air, mais le réalisateur en a reparlé dans la foulée de l’annonce de la découverte d’un des bateaux, en entrevue avec Stéphane Leclair à la radio.

Cet été, j’ai eu le plaisir d’interviewer Charles Dagneau, un archéologue subaquatique de Parcs Canada. Après l’étude de l’épave de l’Empress of Ireland, il devait joindre l’équipe de recherche du Franklin. Plusieurs expéditions ont eu lieu au fil du temps, sans succès, mais l’équipe espérait découvrir le trésor dans cette nouvelle zone de recherche. Eurêka.

Si les murs pouvaient parler

Si les murs pouvaient parler… Quels mondes fantastiques s’ouvriraient à nous! Imaginez tous ces secrets d’alcôve dévoilés, au grand bonheur des potineux et écornifleurs (que nous sommes tous un peu, admettons-le). Pensez à tous ces crimes non résolus qui trouveraient soudain leur coupable. Et quoi d’autre encore…

Brodie, village fantôme du Far West

Brodie, village fantôme du Far West

J’attends avec impatience l’invention de cet engin qui captera ondes et chromatiques emmagasinées dans la pierre et le bois des maisons, pour en recréer les images et sons de l’Histoire. Est-ce qu’on y trouverait réponses à nos questions? Est-ce qu’on se reconnaîtrait dans tous ces gens passés avant nous? Est-ce qu’on arriverait à les comprendre?

C’est peut-être un mal pour un bien que ces cloisons demeurent closes. On a beau dire que la réalité dépasse souvent la fiction, les faits crus décevraient peut-être les espoirs créés par notre esprit créatif. Mais n’empêche… Ça fait rêver, non?

C’est l’auteure Ariane Gélinas qui m’a remise sur cette piste récemment. J’ai toujours été attirée par les villages abandonnés et les champs de fouille archéologique. Je me suis promenée avec bonheur (et avec une curiosité insatiable) dans les dédales des ruines de Deir-El-Medineh, ce village d’artisans-prêtres de l’Égypte pharaonique, et je rêve de mettre un jour les pieds à Pompei, mais j’ignorais qu’il existait autant de villages disparus ici même au Québec. C’est en lisant le roman noir Transtaïga que j’ai eu vent de cette catastrophe, pourtant pas si ancienne, de Saint-Jean-Vianney.  Vous le saviez peut-être, moi pas, mais en 1971, ce village du Saguenay a été rayé de la carte en quasi une nuit, suite à un glissement de terrain. Radio-Canada a interrogé des témoins de l’époque au cours d’une émission de Tout le monde en parlait.

On peut aussi retrouver sur le Net un reportage sur 3 villages d’Ontario qui ont été rayés de la carte par les fluctuations économiques, et ces villages ne sont que quelques-uns parmi tant d’autres.

C’est à la fois terrifiant et fascinant de savoir que, même ici au Québec, tout un village peut disparaître en poussière en un rien de temps et je suis sensible à ce qu’ont pu vivre ces gens. Toutefois, ce n’est pas tellement l’appel de la catastrophe qui m’intéresse dans ces villages fantômes, ou ce qu’il en reste, mais tout simplement la trace qu’ils laissent. Ils sont comme des témoins de temps révolus mais non moins vivants.

La petite fille en moi imagine avec émerveillement, et un certain sens du recueillement, que le mur qu’elle touche a été érigé par des gens qui sont passés par là quelques décennies avant elle et que cette pierre ou cette brique est un lien ténu vers eux et leurs histoires.

Et mon petit doigt me dit que je ne suis pas la seule… D’ailleurs, tout un pan du tourisme est basé là-dessus.

Gary Lawrence, sur son blogue de L’Actualité en a relevé quelques-uns l’an dernier. On peut également retrouver le recensement de 50 lieux abandonnés, aux photos assez spectaculaires, sur le blogue de Jet tours.

Il existe aussi des répertoires de lieux abandonnés pour ce qu’on appelle les explorateurs urbains. Un jeu vidéo disponible en ligne, Urbex, s’inspire de cette tendance.

Et vous? En êtes-vous un? Est-ce que ça vous inspire pour l’une de vos prochaines destinations vacances?

Quelques références à propos de villages disparus se trouvent sur mon Pinterest. Partagez vos connaissances avec moi. Je suis toujours curieuse d’en connaître de nouveaux.

Pour explorer le village de Deir-El-Medineh: